Pourquoi adhérer à l'AVP en 2022 ?
Pourquoi adhérer à l'AVP en 2022 ?

Créer du lien au sein de l’association et nous connaître un peu mieux. Parce qu’une association c’est avant tout créer des occasions de se rencontrer, d’échanger, nous avons décidé de déclencher ces occasions afin que tous les adhérents puissent avoir un vrai rôle participatif, que chacun puisse...

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FAKARAVA : Pakokota Yacht Services (Pension Pakokota)
2 - Ou en ligne sur ce site
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L'Association des Voiliers en Polynésie c'est avant tout un réseau de :
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Home Actualités Posts Categorized as “Problème de voisinage !”

Espace d’énumération et d’analyses des altercations diverses et variées entre des plaisanciers et des riverains ou autres soi-disant excédés par la présence des voiliers.

PGEM Moorea – Requête en appel à la Cour administrative de Paris

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Suite au verdict du recours effectué contre le PGEM de Moorea (septembre 2022), l'AVP a décidé de faire appel devant la Cour administrative d'appel de Paris.

Voici à titre d'information la requête d'appel proposée par notre avocat, Me Thibaud MILLET de SELARL M.L.D.C.

221117 REQUETE APPEL AVP Paris

Dossier AVP dans Pacific Pirates Media !

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L'Association a décidé de commencer à interpeller certains médias pour faire connaître l'état des lieux de la plaisance en Polynésie française à l'heure actuelle.
Dominique Schmitt nous a proposé de faire un dossier sur le site Pacific Pirates Media.

Dossier AVP dans Pacific Pirates Media.
Un grand merci à lui et son équipe !

Le dossier n'apprendra pas forcément grand chose à tous ceux et toutes celles qui suivent nos informations sur le site mais espérons que cela touche de nombreuses autres personnes qui pourraient ainsi prendre conscience du problème de la gestion de la plaisance en Polynésie française.

Ce dossier pourrait être transmis à d'autres médias locaux, nationaux et internationaux.
Nous vous tiendrons bien évidemment informés !

Incivilités de plaisanciers !

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Le 23 août dernier, nous avons été alerté par un plaisancier au mouillage de Tahiamanu (Moorea) de l'incivilité d'un autre voilier. En effet, ce plaisancier s'est trouvé être pris à parti par des riverains lui signalant le dépôt de deux poubelles juste devant chez eux, le vendredi soir d'avant (19/08/22) !
D'autant plus dommageable que ces riverains seraient "les seuls" à accepter le débarquement des plaisanciers et l'accrochage des annexes à "leur cocotier".

La plaisance n'échappe pas à la règle : il y a des "brebis galeuses", des personnes non respectueuses (mais qui le seraient tout autant en étant chasseurs, maçons, enseignants, randonneurs, ...), des personnes qui ne semblent pas se préoccuper de  l'image qu'ils peuvent véhiculer  de leur communauté, des personnes ne faisant pas preuve d'empathie, ...
Surtout quand on connaît le contexte actuel de la plaisance en Polynésie française, ce genre de comportement est incompréhensible et évidemment pas constructif.

Chacun a sa propre sensibilité certes, mais il serait bien vu aussi de ne pas oublier le bien commun, au-delà de la simple relation riverains-plaisanciers. C'est avant tout un souci collectif (pour ne pas dire planétaire) que de gérer ses déchets à l'échelle individuelle. À chacun ses responsabilités, il faut les prendre et ne pas laisser la gestion de ses merdes à d'autres ... qu'on soit plaisanciers ou non !

L'AVP  ne peut évidemment pas cautionner ce genre de comportement ... et le fait savoir.

 

 

Et une réglementation de plus en cours (Taiarapu-Ouest) !

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Après Moorea, Fakarava, Huahine et d'autres, c'est au tour de la commune de Taiarapu-Ouest d'y ajouter sa réglementation du lagon.

Le souci de ce côté de l'île de Tahiti est bien connu, puisque plusieurs plaisanciers ont écourté leurs séjours dans cette zone dernièrement, "fatigués" de se prendre des remarques et des injonctions de "dégager" tous les jours par des personnes en jet-ski.
Le problème soulevé vers la côte Ouest de la Presqu'île n'est pas spécifique qu'à la plaisance. Dans cet article, il est bien précisé qu'il y a trop "d'embarcations sur le lagon", avec images de gros yachts en illustration..
Même Raimana Van Bastolaere en parle dans une interview à lequipe.fr, où son rôle pour les JO sera de faire le diplomate entre les riverains et les bateaux ! Certes, ce sont les yachts qui sont visés mais l'esprit, l'idée est bien là.

"En Polynésie, vous êtes incontournable. Allez-vous jouer un rôle dans l'organisation de ces JO ?
Pour l'instant, on ne m'a rien demandé. Et c'est très bien comme ça. Je serai de toute façon occupé à gérer les yachts qui doivent arriver du côté de Vairao. Car il est possible qu'on les embête ces bateaux. J'ai donc un rôle de diplomate à jouer."

Il est encore utile de préciser que l'AVP n'est absolument pas contre toutes ces réglementations si elles sont faîtes dans un esprit de concertation globale, où tous les protagonistes du lagon et les autorités réfléchissent ensemble pour trouver le juste milieu pour tous.

Car là encore, ce n'est pas l'impression que cela donne : "il s'agit d'un projet de la commune, en consultation avec les administrés, visant à revoir les zones de mouillage et réglementer le lagon pour limiter la présence de navires et ainsi préserver l'environnement et la tranquillité des riverains."
Que les riverains (= administrés) soient consultés, bien évidemment ... mais cela ne doit pas être les seuls !
Les prestataires lagonaires, les propriétaires des gros yachts, les plaisanciers, les embarcations à moteur individuelles, les scientifiques, ... doivent l'être aussi afin de trouver un consensus logique où, on l'espère, le bon sens pourrait ENFIN triompher.

Ces voiliers qui coupent l’axe de l’aéroport sans autorisation !

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Suite à la publication d'un post sur une page de réseau social et sa reprise dans un article de radio1.pf concernant le passage de voiliers dans l'axe de la piste d'aéroport sans autorisation.

Rien que dans le titre de l'article, on sent déjà la stigmatisation. "Ces voiliers qui coupent l'axe de l'aéroport sans autorisation" ... SANS AUTORISATION.

Oui, il y a sûrement des voiliers qui le font sans autorisation. C'est un fait. Mais de là à en faire une généralité, il n'y a qu'un pas ... encore une fois bien vite franchi. Le titre ne laisse planer que peu de doute : TOUS les voiliers le feraient sans rien demander à personne.

Et le bon sens dans tout ça ?
Visiblement encore bien loin de la réflexion nécessaire à avoir.

Justement, l'A.V.P. allait publier une réflexion sur la stigmatisation d'une communauté. L'occasion faisant le larron, l'article a été mis en ligne du coup. Cet exemple de l'article de Radio1.pf et surtout de la page d'un réseau social dont il est issu pour une très grande majorité  illustre à merveille la réflexion que nous proposons autour de la stigmatisation d'une communauté, au sens large.

En effet, en aucun cas l'A.V.P. cherche à cautionner ou excuser ce genre de comportement : passer l'axe de l'aéroport sans avoir demander l'autorisation. Évidemment, il y en a qui le font ... mais là encore, est-il besoin de généraliser ? Sauf à vouloir jeter un discrédit sur une communauté.

La plupart du temps, les voiliers qui ne respectent pas le franchissement de l'axe de piste sont des plaisanciers internationaux qui ne sont pas au fait de la réglementation locale, et qui dans ce cas précis enfreignent les règles par méconnaissance.
Aucun parmis eux ne mettraient en danger des personnes sciemment ! L'AVP s'est associé avec la Vigie du Port afin de clarifier les procédures et les communiquer au plus grand nombre. Il reste cependant compliqué de diffuser de l'information à des navigateurs qui sont la plupart du temps isolés, avec des moyens de communication très limités.

Oui, quelques citoyens ont enfreint des règles. Faut-il pour autant stigmatiser toute la communauté dont ils sont issus ?
Faisons la part des choses, s'il vous plaît.
Facile de toujours parler des avions, trains ou bus qui arrivent en retard ... pour combien qui arrivent à l'heure ?

Dans cet exemple précis du franchissement de l'axe de l'aéroport, l'A.V.P. avait mis en place une procédure (septembre 2019), qui serait à l'heure actuelle la seule proposée. Elle a été validée en concertation avec la vigie du Port.
L'A.V.P. met des choses en place et les diffuse autant qui lui ait permis et possible. Comme tout à chacun, elle n'est pas derrière chaque voilier pour vérifier le bon déroulement des règles établies. À chacun de faire preuve de respect des règles ... et de bon sens.

Stigmatisation d’une communauté. Quel intérêt ?

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La situation de la plaisance en Polynésie n’est pas forcément au beau fixe. Rien de nouveau là-dessus.

Loin de se centraliser sur son nombril et de pleurnicher sur son sort, l’A.V.P. pose une réflexion sur un sujet malheureusement trop présent dans notre société. Ce sujet n’est pas spécifique à la plaisance, ni spécifique à la Polynésie française ; toutefois, la stigmatisation d’une communauté semble être assez prégnant ici.

« La stigmatisation est un processus qui, à terme, marque l'individu ou le groupe d'un opprobre : les stigmatisés sont ceux et celles qui subissent une réprobation sociale parce qu'ils auraient contrevenu à une loi ou une norme sociale ; ils sont vus comme étant déviants. » [1]

Les mots sont là … posés, forts, explicites. « subissent », « réprobation sociale », « contrevenu à une loi ou une norme sociale », « déviants ».

La stigmatisation serait comme une étiquette négative que l’on colle à une personne ou une communauté. Elle inclut la discrimination, les préjugés, le jugement et les stéréotypes, qui permettent d’isoler des personnes sur de simples présomptions.

La plaisance en Polynésie française en est un flagrant exemple. Il n’y a qu’à voir ce qui peut être lâché sur les réseaux sociaux notamment, mais aussi de manière générale dans les propos des gens.

 

En effet, même sans être spécialement « anti-voileux » ou contre la plaisance, beaucoup de personnes posent des postulats génériques sur les plaisanciers, suite à ce qu’ils auraient entendu ou lu, colporté par quelques médias peu scrupuleux et les quelques 15 % de la population véritablement anti-plaisance[2]. Ce sont des « pollueurs », des « profiteurs », qui « ne dépensent pas leur argent », qui « occupent illégalement le domaine publique », qui « laissent pourrir leur voilier en épave dans les lagons », …

En fait, tout simplement, les gens ne savent pas ! Ce mode de vie n’est pas connu, voire même il ne serait pas reconnu comme répondant aux attentes d’une société « normalement » constituée. Par conséquent, les plaisanciers ne peuvent qu’être « déviants ». Une similitude avec les Roms de métropole est évidemment envisageable.

 

Quelle facilité de rester derrière son écran de vini ou d’ordinateur et de cataloguer les gens sans rien, ou peu, connaître de leur mode de vie. Caché derrière ces écrans, il est facile de se sentir fort et dans son droit de cracher sur une communauté quelle qu’elle soit. Et surtout, il n’y a pas besoin de réfléchir au pourquoi ou au comment ; il suffit de suivre le mouvement de haine influencé par quelques leaders auto-proclamés de la bonne parole et de l’avis certifié conforme.
Ce n’est pas propre à la plaisance. Il n’y a qu’à voir le flot d’immondices déversé là aussi sur l’adoption d’enfants fa’amu en 2021. Deux couples ont effectivement tenté d’abuser de la situation ; ils devaient être sanctionnées et l’ont été. Deux couples pour combien de familles, sérieuses, attentionnées, respectueuses dont les adoptions dans le concept du fa’amu se passent très bien ?


Arrêtons ces généralisations à l’emporte-pièce !
Alors oui, il y a très clairement des plaisanciers qui ne font pas de la bonne publicité pour leur communauté, pour les voiliers en Polynésie de manière générale. Oui, il y a des « brebis galeuses » dans le monde de la plaisance. L’A.V.P. le regrette et ne les cautionne pas, bien évidemment.
Mais faut-il toujours généraliser lorsqu’un voilier quitte une marina sans payer ? Encore généraliser lorsqu’un plaisancier jette ses déchets organiques par-dessus bord ? Encore généraliser quand un plaisancier manque de respect à des riverains ? Encore généraliser quand un voilier mouille dans un endroit non autorisé ? Encore généraliser quand on voit un voilier-épave ?
De là à
« marquer d’un opprobre » toute la communauté des plaisanciers pour des cas, certes existants et qu’il faut réprimander, mais isolés ? Oui, il y a des comportements honteux mais ils ne concernent qu’une minorité de plaisanciers.
« 
Il y a des brebis galeuses dans la police, des collègues qui doivent être sanctionnés. Mais on ne peut pas mettre dans le même sac 150 000 fonctionnaires » [3]

 

Il y en a marre de toutes ces stigmatisations à la va-vite en ne prenant que l’exemple de quelques brebis galeuses, de quelques personnes indésirables dans un groupe par leurs comportements, pour décrire et cataloguer une communauté entière, une administration, une entreprise, …
Il faut arrêter avec la généralisation et voir plus loin que le bout de son nez.

Avant de balancer ce genre d’affirmations pas forcément vérifiées, il faut aussi faire le point sur ce que l’on pense soi-même. Car autour de soi, il y a forcément des « brebis galeuses » qui font du tort à notre métier, à notre activité sportive, à notre communauté quelle qu’elle soit … Est-ce que l’on va définir un métier, une administration, une communauté en fonction des quatre connards que l’on aurait rencontrés ?

Voici une illustration pour montrer ce qui devrait arriver à ceux qui usent et abusent de la stigmatisation.

Suite au verdict de L’affaire Zemmour (18 février 2011), le polémiste de l’époque avait été condamné pour provocation à la haine raciale et s’était retrouvé à payer une amende suite à des propos éminemment choquants sur les Noirs et les Arabes. Chems-Eddine Hafiz, avocat et vice-président du Conseil français du culte musulman à l’époque, maintenant recteur de la Grande mosquée de Paris, avait réagi :

« Le tribunal de Paris a rappelé un principe de droit essentiel : la stigmatisation d'une communauté ne saurait être considérée comme une opinion, mais comme un délit et une atteinte aux principes républicains. » [4]

 

Et voilà tout le problème.
Aujourd’hui, se faire une opinion, c’est attendre le murmure, le on-dit-que, voir comment il évolue et aller dans son sens. Avec maintenant les réseaux sociaux, il faut dans la seconde décider ce qu’on pense de tout … et surtout de rien. Le plus facile est donc de suivre plutôt que de penser. On n’exprime pas sa préférence mais l’idée qu’on se fait de la préférence des autres. L’effet de groupe est, là encore, rarement du meilleur éclat, mais tellement essentiel pour avoir l’impression d’avoir un avis et de se fondre dans la masse, en un mot : exister.

 

La plaisance en Polynésie française est stigmatisée actuellement, certes, comme d’autres d’ailleurs. Elle se doit de montrer l’exemple, de se détacher de ses « brebis galeuses » qui ne respectent pas leur communauté et les autres, de faire les efforts pour montrer sa bonne foi, de s’expliquer avec ceux qui ne la portent pas dans leur cœur … mais s’il vous plaît, c’est aussi à chacun de l’aider, de tenter de la comprendre, d’accepter que ses « brebis galeuses » ne représentent pas toute la communauté, ...

D’ailleurs, en parlant de cœur, certains feraient bien de tourner sept fois leur haine dedans avant de l’ouvrir [5], … leur gueule et/ou leur cœur.

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Stigmatisation

[2] Étude de la sensibilisation de la population polynésienne à la plaisance et aux plaisanciers (https://voiliers.asso.pf/2021/10/13/plaisanciers-les-mal-aimes-du-tourisme/)

[3] Nicolas Chapuis et Juliette Bénézit, Les policiers « en colère » après que l’exécutif a durci le ton contre le racisme et les violences, Le Monde. Mis en ligne le 10 juin 2020 - https://fr.wiktionary.org/wiki/brebis_galeuse

[4] https://www.saphirnews.com/Affaire-Zemmour-La-stigmatisation-d-une-communaute-ne-saurait-etre-une-opinion-c-est-un-delit_a12251.html

[5] Cédric Sapin-Defour

Plaisance en Polynésie française : Le paradis n’existe plus ?

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[Traduction de l'article French Polynesia : Paradise No More ? paru sur le site noonsite, l'outil de planification ultime pour les plaisanciers. Au vu de l'actualité, il paraissait essentiel de montrer que le sujet n'était pas que "local" mais avait bien une résonance internationale.]

 

Dès que l'on évoque l'idée de naviguer dans le Pacifique Sud, il est presque inévitable qu'un nom emblématique comme Bora Bora ou Tahiti remonte à la surface. C'est peut-être grâce à Michener, mais aussi à Thor Heyerdahl, Robert Louis Stevenson et bien d'autres, que nous rêvons de la Polynésie française. Cependant, ces derniers temps, ces îles ont fait l'objet d'une grande attention, souvent peu flatteuse en ces temps de frontières fermées par le Covid et de rêves freinés par une pandémie. Les opinions actuelles sur la Polynésie française pour les bateaux de croisière vont de "Venez, l'eau est bonne" à "Il y a déjà trop de monde, passez votre chemin". La réalité, sur l'eau, se situe probablement quelque part entre les deux.

 

Noonsite a demandé à trois croisiéristes, qui sont en Polynésie française depuis un certain temps, de donner leur avis sur la situation actuelle dans les îles pour les yachts de passage.

 

PREMIER TÉMOIGNAGE

La Polynésie a cette image formidable de paradis sur terre : un ciel bleu et clair, des lagons et des montagnes magnifiques, des eaux cristallines et les gens les plus aimables. Bien que cela soit encore vrai dans certaines régions, et certainement ressenti comme tel par les touristes 6 étoiles se rendant à Bora Bora, cela ne reflète malheureusement pas l'expérience vécue par de nombreux marins sur une grande partie du territoire.

Le paradis n'existe plus ?

En 2014, le gouvernement a décidé que la communauté des navigateurs pouvait stimuler les revenus du tourisme et a changé les règles de séjour des bateaux de 6 mois à 3 ans. Le raisonnement était simple : le territoire est immense, et il peut facilement accueillir beaucoup plus de bateaux. Cette politique a connu un succès retentissant, car les bateaux qui devaient auparavant partir après une saison (ou importer leur bateau à 30 % de droits de douane !) pouvaient désormais passer 3 saisons complètes avant de partir plus à l'ouest (ou importer leur bateau à seulement 7 % de droits de douane). Beaucoup ont profité de ces changements.

En conséquence, le nombre de bateaux présents dans le PF (résidents plus transitoires) a explosé pour atteindre des centaines de plus qu'auparavant. Les chiffres absolus sont difficiles à obtenir car il n'y avait pas de véritables statistiques auparavant.

La soi-disant "route des 36 mois", qui était censée répartir ces chiffres sur un vaste territoire, ne tenait pas compte du fait que tous les bateaux de passage (ainsi que la plupart des bateaux résidents à un moment ou à un autre) restaient à Tahiti, où il est facile de se procurer des pièces de rechange, de faire des réparations, de recevoir des soins médicaux et, bien sûr, qui est le point d'arrivée et de départ des voyages internationaux.

Tahiti était déjà assez saturée, et ces nouveaux chiffres massifs ont rendu la situation intenable - ce qui a empiré lorsque les autorités locales ont décidé que le principal mouillage près de Papeete (Taina) devait être vidé en raison d'un projet de développement (qui est maintenant mort dans l'eau). Près de 100 bateaux y étaient ancrés. Aucune alternative n'a été proposée car, au même moment, les deux marinas de Tahiti (Papeete Marina et Taina Marina) étaient déjà pleines à craquer. Les bateaux ont fini par jeter l'ancre partout où ils le pouvaient, le drame étant encore aggravé par l'ordre donné à de nombreux bateaux de se rendre à Tahiti depuis l'endroit où ils se trouvaient dans le FP dans le cadre des restrictions du Covid.

Il est utile de mentionner qu'entre 2014 et aujourd'hui, pas une seule nouvelle infrastructure n'a été mise en place à Tahiti ou Moorea pour accueillir ces bateaux supplémentaires (à part un agrandissement mineur, un ponton visiteurs pour 4-6 bateaux et un dock pour dériveurs à Vaiare Marina sur Moorea), et à ce degré, la communauté des navigateurs paie maintenant le prix de la surpopulation après avoir été incitée à venir en grand nombre. Il y a eu (et il y en a encore un en cours) de nombreux projets de marina, mais tous ont - jusqu'à présent - été abandonnés à cause d'une objection (parfois très mineure) des résidents locaux - les mêmes qui se plaignent également que les voiliers leur obstruent la vue sur le lagon et "polluent" les eaux.

Résultat : le chaos, des ordres contradictoires de la part des autorités ("bougez !", "restez !", "restez 48 heures seulement !", "ne jetez pas l'ancre n'importe où !", etc...) et de plus en plus de refus de la part des habitants.

Les autorités et les médias ont commencé à pointer du doigt le grand nombre de bateaux, et à Tahiti et Moorea (et quelques autres endroits au plus fort de la pandémie de Covid), les locaux ont commencé à considérer les voiliers comme des parasites : "ils gâchent la vue", "ils polluent le lagon", "ils ne paient rien", "ils détruisent le corail", "ils jettent leurs ordures n'importe où et cueillent les fruits de nos arbres", etc...

En vérité, les locaux n'ont pas tort, car leur nombre est écrasant et aucune alternative n'est proposée. Certains marins, comme dans toute communauté, sont des brebis galeuses - ils jettent leurs ordures, se baignent nus devant les familles locales et cueillent des fruits dans les arbres (chaque arbre appartient à quelqu'un de FP, et bien que les locaux soient très généreux, ils ne tolèrent absolument pas que des gens "volent" leur récolte) - et ce sont eux (les brebis galeuses) dont tout le monde se souvient.

Le dégagement du mouillage de Taina à Tahiti a conduit à ce qu'un autre petit mouillage près de l'aéroport soit extrêmement saturé de bateaux, et sur le chemin des bateaux de pêche locaux. Cela signifie bien sûr plus de tension. J'ai reçu des rapports indiquant que certains bateaux sont retournés mouiller à Taina, soit en raison du manque de suivi habituel ici (dégager les bateaux puis oublier de les faire respecter), soit parce que l'on s'est rendu compte que le dégagement avait entraîné de graves complications. En tout cas, le mouillage de l'aéroport est actuellement moins encombré.

Plutôt que d'essayer de pacifier la situation, les autorités locales, en particulier l'agence maritime locale, ont embrouillé tout le monde avec une communication contradictoire. À un moment donné, à Moorea (l'île "sœur" de Tahiti, où de nombreux bateaux aiment mouiller), le maire a ordonné à tous les bateaux de se déplacer toutes les 48 heures, alors que le gouvernement central interdit tout mouvement de bateaux ! Une autre fois, après qu'un jeune garçon a été tué par un bateau rapide alors qu'il se baignait à côté de son bateau à Moorea, les autorités ont interdit aux voiliers de jeter l'ancre à Moorea, mais les bateaux rapides sont toujours autorisés à se déplacer !

Moorea a récemment émis un nouveau "PGEM" - une sorte de règle d'occupation du lagon - qui interdit le mouillage à tous les endroits sauf à quelques rares exceptions, et met en place un quota de 30 bateaux maximum au mouillage dans le lagon (la petite marina de Moorea compte déjà plus de 60 bateaux résidents). De plus, sur ces 30 emplacements, 20 se trouvent à plus de 25 mètres de profondeur, ce qui les rend peu sûrs la plupart du temps. En d'autres termes, Moorea est maintenant presque totalement interdite aux voiliers. Le seul soulagement est qu'à l'heure actuelle, le PGEM n'est pas pleinement appliqué et que l'AVP a lancé une action en justice.

Tout cela a conduit à une situation très désagréable, qui s'étend à toutes les îles de la Société (Tahiti, Moorea, Raiatea, Huahine, Bora Bora) : insultes de la part des habitants (Tahiti, Raiatea, Huahine), lignes d'ancrage coupées par certains habitants (Raiatea), violence physique à l'encontre des marins (une femme a été gravement battue à Huahine), tandis que la police ou la gendarmerie ne font pas grand-chose pour agir. De plus en plus d'habitants se font justice eux-mêmes, et il est clair que cela ne peut qu'engendrer de nouveaux problèmes.
Les médias, pour la plupart, continuent d'amplifier le rejet croissant des voiliers par la population locale.

 

Alors, le paradis n'existe plus ? Cela dépend de l'endroit où vous allez.

Heureusement, certaines îles accueillent encore les marins :

- Les Marquises, pour la plupart, ont compris que les voiliers ne sont pas des pollueurs, et qu'ils fournissent des emplois et des revenus.
- La plupart des îles Tuamotu ont suffisamment d'espace pour ne pas être dérangées par les bateaux au mouillage (tant qu'ils surveillent leur ancre et leur chaîne et n'endommagent pas le corail) - certaines comme Fakarava ont récemment interdit le mouillage dans la partie la plus agréable de l'île et imposent désormais la plongée avec un opérateur local, mais c'est une exception.
- Les Australes et les Gambier sont toujours très accueillants pour les marins bien élevés.

Le souci est bien sûr que, lorsque les restrictions Covid commenceront à être levées (de manière limitée) dans le Pacifique, de plus en plus de bateaux continueront à arriver, en partie encouragés par les divers rallyes du Pacifique. Ce n'est pas souhaitable.

Le territoire a cruellement besoin de plus d'infrastructures : marinas, chantiers navals, entrepôts secs, champs d'amarrage, et tant qu'il n'y aura pas de telles installations, la situation ne fera qu'empirer. Les autorités ont, dans un premier temps, décidé de réduire la "route des 36 mois" à un permis de séjour de 24 mois. Cela peut aider, mais ce n'est pas suffisant. Je pense qu'il sera extrêmement difficile de renverser la situation, d'autant plus qu'il n'y a aucune tentative de la part des autorités ou des médias.

Donc, plus de paradis dans les îles de la Société, clairement, et on devrait réfléchir à deux fois avant de décider de descendre à Tahiti : il n'y a pas de place pour les nouveaux arrivants.

O. M.

 

DEUXIÈME TÉMOIGNAGE

Nous avons eu, pour la plupart, une expérience très agréable. Mais je suis d'accord avec Olivier - il y a des problèmes au paradis. Tous les faits concernant la surpopulation sont exacts. Le COVID a mis les choses au point, mais les sentiments existaient déjà avant.

John et moi faisons des croisières 24h/24 et 7j/7 depuis 2005. Nous avons visité 50 pays en yacht, dépensons de l'argent dans l'économie locale et respectons toujours les règles et coutumes locales.

Nous n'avons jamais eu l'impression d'être mal accueillis, mais en juillet dernier, nous avons vécu une expérience troublante.

Nous étions ancrés dans une baie à l'ouest de Raiatea afin de nous rendre dans un restaurant local pour le déjeuner. Comme il n'y avait pas d'amarrage, nous avons jeté l'ancre en eau profonde, bien à l'écart du récif. Lorsque nous sommes revenus environ deux heures et demie plus tard, une de nos lignes avait été coupée. Elle faisait partie de l'appareil permettant de soulever le canot pneumatique.

Un bateau local s'est approché et un jeune homme nous a dit que c'était une baie privée et que nous ne pouvions pas jeter l'ancre. Il a nié toute connaissance de la ligne coupée. Cela nous a laissé un très mauvais goût dans la bouche après un repas très agréable et très cher dans un restaurant où nous étions l'une des deux seules tables occupées pour le déjeuner. Il y avait au moins 5 personnes locales employées là.

Existe-t-il des baies privées où l'ancrage est interdit et si oui, comment sont-elles désignées ? Un simple avertissement courtois nous aurait fait passer à autre chose. Endommager notre bateau était un acte bas et lâche.

Nous sommes allés à la Gendarmerie Nationale à Uturoa, Raiatea, pour signaler l'incident, armés de notre récit de l'incident traduit en français. La femme officier a dit que je devais payer un droit pour jeter l'ancre et qu'il s'agissait d'une baie privée (Baie Pufau). J'ai été surpris et j'ai dit que nous n'étions pas au courant de ces frais et que je n'avais jamais entendu cela de la part de quelqu'un d'autre. Elle parlait peu l'anglais.
Son supérieur est sorti. Il parlait mieux l'anglais et a dit qu'il y avait un droit à payer. Il a dit que le gouvernement national devrait le dire aux croisiéristes. Il a dit que nous ne pouvions jeter l'ancre que pour deux nuits n'importe où. J'ai demandé ce qui serait fait pour les dégâts et, à contrecœur, le jeune officier a rédigé un compte rendu qui ne ressemblait que vaguement au mien.
J'ai été dirigé vers DPAM, sans doute pour payer la taxe. J'avais l'impression d'être le criminel. À la DPAM, une dame très gentille m'a dit qu'il n'y avait pas de taxe mais que nous ne pouvions jeter l'ancre que pour 2 nuits n'importe où dans le lagon. Elle a dit que la Baie Pufau n'était pas privée mais que c'était un très mauvais endroit !

Elle a envoyé tous les documents à Papeete - nous n'avons reçu aucune réponse. Il n'y a aucune règle disant que l'ancrage est autorisé pour deux nuits seulement.

En novembre de cette année, il a été annoncé que les autorités locales envisageaient de mettre en place un système d'amarrage et de faire payer une taxe, comme cela se fait à Bora Bora.

Nous avons rencontré beaucoup d'habitants de la région qui disent que seuls quelques-uns sont contre les bateaux dans leur lagon, mais ces quelques-uns se font entendre et pour John et moi, c'est terrible de ressentir une telle animosité. Il n'y a pas de solution facile en cours. Un afflux de bateaux supplémentaires n'est pas ce dont nous avons besoin.

Une autre chose que je voulais ajouter, c'est que le sentiment d'être dans leur bon droit qu'ont de nombreux croisiéristes est choquant. Nous en avons fait l'expérience lors du dernier confinement que nous avons passé à Bora Bora. La circulation des yachts était interdite, tout comme celle des locaux. Les croisiéristes se déplaçaient à leur guise dans Bora Bora comme si "cela n'avait pas d'importance". Et ce, au détriment des habitants qui ne pouvaient pas se déplacer. J'ai demandé une permission et on me l'a refusée. Cela me met très en colère !

Nous irons dès que nous pourrons, lorsque la saison des cyclones sera terminée.

S.A. & J.  P.

 

TROISIÈME TÉMOIGNAGE

Commençons par quelques faits indiscutables. Il y a beaucoup de bateaux supplémentaires ici. Beaucoup d'entre nous étaient ici en mars 2020, se préparant à partir vers l'ouest après la saison des cyclones, mais hélas cela n'a pas été le cas. Ajoutez à ceux d'entre nous qui sont "coincés" ici (honnêtement, ce n'est pas trop difficile) les bateaux qui étaient déjà légitimement en route depuis les Amériques, à destination de la Polynésie française (puis de l'ouest) lorsque les frontières ont commencé à se fermer à gauche et à droite.

Même si de nombreuses personnes, comme les ralliés de l'ARC World, n'étaient venues qu'avec des visas de 90 jours (et ont dû repartir par la suite), leurs bateaux sont restés bloqués ici, occupant pour la plupart un espace privilégié dans les quelques marinas et chantiers navals du territoire. Nous avons tous survécu à la première fermeture, mais les tensions étaient fortes et l'avenir incertain, tant à terre que sur l'eau. Cela nous a permis d'accumuler près de deux ans de bateaux.

Pour exacerber la situation, malgré la fermeture des frontières, les bateaux de croisière ont continué à arriver pendant toute la durée de la pandémie, poursuivant leur propre programme préconçu plutôt que de regarder le tableau d'ensemble d'un accueil tendu de la part de nos hôtes polynésiens. Il n'est pas surprenant que des échos de mécontentement se fassent entendre sur les médias sociaux chaque fois que la presse locale mentionne la communauté des navigateurs. Il s'agit peut-être d'un petit segment de la population, mais c'est indéniable. En partie généré par la xénophobie, en partie basé sur des idées fausses, en partie par la jalousie peut-être, et une poignée d'autres raisons, mais quel que soit le fondement, il nous pèse.

J'ai parlé avec de nombreux croisiéristes qui sont arrivés en Polynésie française de 2018 à aujourd'hui. Nous étions aux Gambiers au début de l'année 2021 et avons vu un flux constant de dizaines de bateaux arriver dans le port d'entrée éloigné de Rikitea. Une grande majorité d'entre eux, quelle que soit la date de leur arrivée ici, diront qu'ils ne se sont jamais sentis malvenus. Pour la plupart, je dirais la même chose, bien qu'en tant que francophone, je capte des propos que les croisiéristes anglophones n'entendent pas. D'un autre côté, je connais personnellement 5 bateaux qui ont été victimes de vol, de vandalisme, d'agression physique ou verbale, donc oui, il existe une agression réelle et documentée contre les croisiéristes. Est-ce que c'est partout ou omniprésent ? Est-ce nouveau depuis la pandémie ? Non, mais tout comme les réactions sur les médias sociaux, c'est suffisant pour donner à réfléchir.

Je pense que les causes de cette situation inconfortable sont complexes et remontent à plus loin que la pandémie, mais nous en sommes là aujourd'hui, à essayer de tirer le meilleur parti de la situation.

Il existe encore de nombreux endroits où les mouillages sont nombreux et l'accueil sincère. Les Gambiers, par exemple, ne sont pas du tout un archipel touristique, les perles étant la principale industrie. Les quelques douzaines de bateaux de croisière sont répartis sur les motus au large et ont tendance à se rassembler sur l'île principale lorsque le bateau de ravitaillement arrive, toutes les 3 semaines environ. Il semble qu'il y ait toujours un peu de jockey maladroit pour le modeste approvisionnement en légumes frais lorsqu'ils arrivent, mais d'un autre côté, plusieurs résidents sont prompts à offrir des fruits de leurs jardins, généralement sans rien demander en retour. Il n'y a pas d'installations pour la navigation de plaisance, et en fait à peine une quincaillerie de base, mais il y a de magnifiques mouillages éloignés dont on peut profiter.

On peut dire à peu près la même chose de la plupart des Tuamotus, avec quelques différences notables. Il n'y a pratiquement pas de fruits à donner ou à échanger dans la vieille tradition polynésienne et l'accueil est plus discret. De même, dans les îles les plus grandes, où le tourisme aérien est plus important, nous avons parfois l'impression de n'être qu'une transaction commerciale de plus, tolérée mais pas appréciée, bien que nous ayons eu des échanges personnels très mémorables. Comme aux Gambier, il y a peu d'infrastructures pour les bateaux, bien qu'un groupe de jeunes entrepreneurs dans un petit atoll ait créé une entreprise de services aux yachts et qu'il y ait des plans concrets pour une petite marina. Le chantier naval d'Apataki a investi dans de nouveaux équipements et a dégagé un nouvel espace pour les bateaux sur le dur. Dans l'ensemble, les Tuamotu restent donc un lieu de croisière agréable.

Je ne peux pas parler de la situation dans les Australes, si ce n'est pour mentionner des rapports de seconde main sur la surpopulation de l'île la plus souvent visitée. La saison dernière, il y avait jusqu'à 15 bateaux dans le lagon, contre une moyenne précédente d'environ 5 et certains membres de la communauté étaient mécontents de ce nombre de bateaux.

Les Marquises ont vu très peu de touristes depuis le début de la pandémie et les croisières restent donc une source de revenus appréciée, bien que modeste, pour les agriculteurs et les artisans. Après la surpopulation temporaire et stressante des principaux ports de l'île pendant la première période de fermeture de la Covid, Nuku Hiva a retrouvé le nombre modeste de bateaux qu'il avait avant la pandémie, soit une trentaine aujourd'hui, dans une baie pouvant en accueillir une centaine. Nuku Hiva s'enorgueillit d'un nouveau magasin d'accastillage, géré par des croisiéristes qui sont arrivés ici en tant que croisiéristes et qui s'y sont trouvés "chez eux". En tant que premier port d'escale pour la plupart des bateaux arrivant des Amériques, je suis sûr que ce sera un ajout bienvenu à l'attrait de Nuku Hiva.

Ce bref tour des archipels nous conduit aux Sociétés, où les relations entre Polynésiens et croisiéristes de passage sont les plus complexes et les plus tendues.

Les Sociétés sont le lieu où les bateaux et les plaisanciers doivent se rendre pour obtenir des biens et des services : soins médicaux, artisans de toutes sortes, pièces détachées pour bateaux, tout ce qu'une métropole du Pacifique Sud a à offrir. C'est également là que les sentiments anti-boat sont les plus forts et les plus bruyants. À Tahiti, les marinas de Papeete et de ses environs sont pour la plupart pleines et ne prennent aucune réservation. Le seul mouillage autorisé dans cette zone est également problématique. Il se trouve à deux miles du quai pour canots pneumatiques le plus proche, et il est en train d'être transformé en un champ d'amarrage qui donne la priorité aux bateaux locaux ayant des contrats à long terme, comme les champs d'amarrage existants. Le tableau d'ensemble montre un manque de compréhension des besoins des bateaux de passage de la part des autorités. Il n'y a pas eu d'augmentation significative des infrastructures depuis que le gouvernement a commencé à autoriser les bateaux à rester jusqu'à 36 mois avant que les droits d'importation ne soient dus.

Mo'orea, l'île sœur de Tahiti, vient de se voir imposer des restrictions draconiennes et inapplicables sur ses mouillages. Elles ne sont pas appliquées pour l'instant et sont contestées sur plusieurs fronts, notamment par l'AVP, l'association locale de voile, mais elles ont force de loi. Ce que certains ne comprennent peut-être pas, c'est que ces restrictions ont été imposées par le gouvernement du FP, et non par celui de Mo'orea, et qu'elles sont beaucoup plus strictes que ce que le comité local de Mo'orea avait recommandé. Pour moi, cela indique une sérieuse déconnexion au niveau du gouvernement. D'une part, il prétend encourager activement le tourisme nautique et durable, mais d'autre part, il vient de promulguer une loi anti-bateaux radicale, sans tenir compte de l'avis de la communauté concernée.

Bora Bora a déjà pratiquement interdit l'ancrage, au profit d'amarrages, le plus souvent dans des endroits peu pratiques pour accéder aux biens et services de la ville principale. Raiatea et Huahine, qui se trouvent à proximité, discutent activement de plans visant à faire de même.

Ainsi, dans presque toutes les sociétés, il existe un mouvement au niveau gouvernemental visant à imposer des restrictions inutiles à ce que certains appellent ici "l'ancrage dans la nature". La plupart d'entre nous considèrent qu'il s'agit simplement de jeter l'ancre dans un environnement agréable, plutôt que d'être enfermés dans une marina. Même si nous le voulions (je pense que la plupart des croisiéristes ne le veulent pas), il n'y a tout simplement pas de place. J'ai vu les plans d'une marina proposée à Huahine. Ils sont en train de terminer l'expansion de la marina existante à Mo'orea (dont les cales sont déjà presque toutes occupées). Il y en a une toute petite nouvelle, avec une poignée d'amarrages, également à Mo'orea, mais elle est loin de répondre aux besoins des bateaux de passage. Ils sont plus susceptibles de devenir des lieux pour les bateaux résidents sur une base permanente ou où les gens entreposent leurs bateaux pendant qu'ils s'envolent pour une visite "à la maison". Au niveau du gouvernement, il y a une faction qui dit que le tourisme nautique est un secteur important à développer, puisqu'ils continuent à donner des avantages fiscaux aux compagnies de charter, mais aussi un aveuglement à ce que nous, les touristes nautiques à long terme, voulons et avons vraiment besoin.

Pour moi, la partie la plus décevante de cette image de "croisière au paradis" n'est pas la politique du gouvernement, mais plutôt le ressentiment de notre présence à un niveau personnel. Il y a eu des vols et des agressions bien avant la pandémie, et même des manifestations officielles contre notre présence. Il est vrai que, comme dans tous les segments de la population, certains plaisanciers ont un mauvais comportement, mais on nous met tous dans le même sac : "Ils polluent le lagon, physiquement et visuellement", "Ce sont des squatters", "Ils utilisent nos services sans payer", "Les croisiéristes rentrent chez eux", etc. Pour être honnête, c'est un peu pénible. Nous faisons de notre mieux pour avoir des interactions positives avec toutes les personnes que nous rencontrons, pour avoir une empreinte modeste, pour dire aux gens d'ici combien ils ont de la chance de vivre dans un endroit aussi magnifique et combien nous l'apprécions. En même temps, lorsque les gens nous demandent depuis combien de temps nous sommes ici, on a l'impression qu'ils nous demandent en fait "Pourquoi êtes-vous encore là ?" et qu'ils exigent une réponse un peu défensive du fait que les frontières vers l'ouest sont pratiquement toutes encore fermées.

Surtout quand la Polynésie a la réputation d'être gracieuse et généreuse envers les étrangers, avec une concentration toujours plus grande de croisiéristes, nous sommes peut-être en train d'user notre accueil. Bien que je ne suggère jamais de contourner cette zone de croisière spectaculaire, je dirais qu'elle n'a plus les bras grands ouverts pour nous. Il y aura toujours des frictions entre certains résidents et certains croisiéristes. Je pense donc que le conseil que je donnerais à quiconque prévoit de naviguer dans cette région est d'être conscient de la nature et de l'emplacement des problèmes sous-jacents, d'y aller doucement et d'être les hôtes les plus aimables que vous puissiez imaginer.

J. A.

Plaisanciers et habitants de Raiatea et Taha’a tentent de trouver une entente

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Très bonne initiative, en espérant que cela débouche sur des avancées dans un climat sain et constructif.

 

Article la1ere.francetvinfo.fr -

La cohabitation pose problème pour les voiliers et les administrés de Raiatea. Le sujet est parfois source de conflit entre les deux
parties. Cette semaine, une réunion était organisée par les quatre communes de Raiatea et Tahaa à la demande de la DPAM, la direction polynésienne des affaires maritimes. L'idée était qu'ils évoquent ensemble les futures zones de mouillage comme ce fut le cas pour l'île de Bora Bora. Benoit Gatras, vice-président de l’association des plaisanciers de Apooiti estime que le mouillage des voiliers, ne représentera pas de danger pour le corail, il est au micro de notre correspondant Julien Vescovali.

Aller sur le lien pour écouter Benoit Gatras et regarder le petit reportage du journal TV.

Plaisanciers : les mal-aimés du tourisme ?

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Suite à la parution d'un article dans La Dépêche de Tahiti du 4 octobre 2021 et grâce à l'aimable autorisation et transmission des résultats de l'étude par Pierre Ghewy, nous publions leurs analyses et réflexions sur le sujet, en accord et partenariat avec les auteurs.

Pour information, voici un lien pour télécharger l'article de la Dépêche en pdf : Article Dépêche 4 octobre 2021

 

Cette étude de la sensibilisation de la population polynésienne à la plaisance et aux plaisanciers est le fruit d’un travail en collaboration avec les étudiants de la Licence 3 Économie-gestion de l’Université de la Polynésie Française (UPF). Il a été réalisé dans le cadre de leur cours d’Études de marché. Pour le réaliser, ils en ont rédigé la problématique, le questionnaire, administré ce dernier et enfin analysé les données recueillies1.
Dans les années à venir, cette étude pourra être répétée pour en établir un baromètre et ainsi suivre l’évolution des éléments mesurés.

Les plaisanciers sont des touristes à part entière. Ils arrivent de l’étranger, séjournent en Polynésie française et, comme tous les touristes « normaux », ceux arrivés en avion, ils y consomment divers produits : artisanat local, nourriture, habillement, divertissements (loisirs, restaurants, hôtels, activités, transports aériens), entretien de leur voilier, etc. Une étude de l’Association des Voiliers de Polynésie (AVP) a récemment estimé que leur apport au pays équivaut à 4,77 milliards de francs2 par an. Pourtant, on les insulte, on les menace, on les agresse (au moins deux blessés à Huahine en 2021), on détériore leur matériel (amarres coupées3 ou annexes lacérées) 4 et un mort5, certes accidentel, est déjà à déplorer.
La seule différence avec le touriste traditionnel, arrivé en avion, est que le plaisancier vient avec son habitation et la localise où il le souhaite. Quel est le regard du résident polynésien sur ce touriste particulier et quels en sont les déterminants ? Ce sont les questions auxquelles ce travail tente de répondre.

Une première question posée cherche à déterminer le positionnement global des répondants vis-à-vis de la plaisance6.

Étonnamment, par rapport à l’actualité citée précédemment, les avis sont plutôt neutres sur le sujet7. Cette neutralité apparente cache cependant des avis très différents et plus tranchés : 15,1% sont très favorables à la pratique de la plaisance contre 9,5% très défavorables.

Une autre question, « Souhaites-tu qu’ils (les plaisanciers) quittent le lagon ?», reçoit une réponse similaire : assez neutre (moyenne : 4,24), mais également avec des extrêmes forts : 12,3% des répondants sont absolument opposés à l’idée de voir les plaisanciers quitter le lagon alors que 20,5% veulent absolument les voir partir.

Ces premiers résultats donnent à penser qu’une minorité de personnes fortement hostiles à la plaisance et aux plaisanciers entraîne le reste de la population à protester contre les voiliers.

« Pollueurs profiteurs trop nombreux »

D’autres questions cherchent à cerner plus précisément l’image qu’ont les résidents des plaisanciers en Polynésie française8. Celle-ci est assez négative. Ils sont principalement envisagés comme des « Pollueurs profiteurs trop nombreux ». Encore une fois, la majorité des répondants est plutôt neutre vis-à-vis de cette image : 4,81 sur une échelle de 1 à 7. Comme pour les mesures précédentes, une minorité (11%) adhère complètement à cette image.

La pollution visuelle des voiliers est souvent citée dans les médias et dans les réseaux sociaux, pourtant, étonnamment, le fait de voir ou non les voiliers de son habitation, n’influence pas l’image du plaisancier. Qu’ils les voient, ou pas, à longueur de journées, les répondants ont le même point de vue sur les voiliers. En fait, deux éléments influencent l’image du plaisancier : l’archipel d’habitation du répondant et son implication dans l’environnement.

Image négative du plaisanciers en fonction du lieu

Concernant le lieu d’habitation, dans l’ordre décroissant, l’image la plus négative est aux Tuamotu (5,82 sur une échelle de 1 à 7), Les Marquises, Îles-sous-le-vent et Moorea sont quasiment à égalité (entre 5,08 et 5,05 sur 7). Tahiti, où se trouve la plus grande concentration de voiliers, n’arrive qu’en cinquième position (4,79). Les plaisanciers sont les moins mal vus aux Australes (4,04 – position neutre sur l’échelle de 1 à 7). Ainsi, l’ensemble des archipels, à des degrés différents, partagent cette image négative du plaisancier. Le comportement des plaisanciers varie-t-il d’un archipel à un autre ou est-ce le seuil de tolérance des résidents qui varie ?

 

L'implication dans l'environnement

Concernant l’implication dans l’environnement, second élément influençant l’image que les résidents polynésiens ont des voiliers, plus les répondants s’en sentent concernés, plus l’image qu’ils ont des plaisanciers est négative. Ce constat semble assez logique puisque la pollution par rejet d’eaux usées (vaisselle et toilettes) est également reprochée aux plaisanciers. Ce dernier point nous amène alors à nous questionner sur le classement des éléments susceptibles de polluer le lagon demandé aux répondants. Une question de l’étude consistait à demander aux répondants de classer, selon leur pouvoir polluant, des éléments cités. Le classement de ces éléments, par ordre décroissant selon le nombre de fois qu’ils sont cités en premier, donne les résultats suivants :
- les
épaves de voiliers (110 citations en premier, 28,2% des répondants)
- la faiblesse du traitement des eaux usées des maisons (80, 20,5%) l
- les habitations sur l’île (60 citations en premier, 15,4% des répondants)
- les infrastructures pour
la plaisance (47, 12,1%)
- les hôtels (40, 10,3%)
- les
voiliers dans le lagon (25, 6,4%)
- l’agriculture (20, 5,1%)
- la pêche professionnelle (6, 1,5%).

Les voiliers en bon état, ceux qui flottent, n’arrivent finalement qu’au 6ème rang des éléments polluant, après les hôtels, les habitations et le mauvais traitement des eaux usées des maisons. Au travers de leurs réponses, les répondants indiquent qu’ils considèrent ainsi que leurs habitations ont un pouvoir plus polluant que les voiliers.

Ces résultats indiquent ainsi que, de la même manière qu’il semble qu’une minorité de répondants soit très hostile à la plaisance et aux plaisanciers, il semble qu’une minorité de plaisanciers, celle qui laisse leur voilier dépérir puis couler dans le lagon, soit perçue comme très polluant. Les uns et les autres ont probablement un comportement exagéré qui exacerbe les tensions entre les deux communautés.

Corrélation avec la qualité des eaux de baignade

Ce classement des éléments polluant le lagon est conforme aux résultats de l’étude de la qualité des eaux de baignade publiée tous les ans par le Ministère de la santé9 :

Selon cette carte, les problèmes de qualité de l’eau sont concentrés aux embouchures des rivières. Comme l’indique ce rapport, « Sur les 16 points contrôlés en 2019 aucun n’est propre à la baignade contre 11% en 2018. La qualité des eaux de baignade en embouchure de rivière reste très préoccupante que ce soit en zone urbaine (100% en qualité insuffisante en 2018 et 2019) ou rurale (100% de qualité insuffisante en 2019 contre 78% en 2018).
Le rapport pointe du doigt la déficience du traitement des eaux usées. Les installations sont souvent vétustes ou insuffisantes ».

Les voiliers, eux, sont concentrés devant la marina Taina et l’aéroport… en zone bleue : eaux de bonne qualité.

Malgré ces différentes informations, les oppositions les plus fortes à la plaisance viennent de ceux qui pensent que les voiliers, les infrastructures de la plaisance et les épaves de voiliers polluent le plus le lagon. Si ces personnes souhaitent protéger les lagons polynésiens en chassant les voiliers, visiblement, elles se trompent d’adversaire. Mais, comme le démontrent les socio-psychologues au travers des théories de l’attribution causale, il peut être plus facile de rejeter la faute de nos actions sur d’autres personnes ou des événements externes, plutôt que d’en assumer la responsabilité10.

Trop nombreux et pollueurs ?

Parmi les attributs qui ont permis de définir l’image du plaisancier, la critique la plus forte qui leur est faite est d’être trop nombreux. Sans évoquer la Route des 36 mois, la recrudescence actuelle des voiliers dans le lagon vient du fait que, lors du confinement, en 2020, le gouvernement de la Polynésie française a demandé aux plaisanciers de venir se confiner dans le lagon de Tahiti. Ceci avait pour objectif d’éviter la propagation du virus dans les îles. Aucune infrastructure d’accueil n’ayant été mise en place pour les accueillir, sans le vouloir, ceux-ci ont été contraints de « s’entasser » là où ils le pouvaient…

Le second attribut fort de l’image négative des plaisanciers auprès de la population est d’être « Des pollueurs, responsables de la dégradation des lagons (coraux cassés, rejets d’eaux usées et d’huile moteur) ». Concernant les coraux, les plaisanciers ne mettent pas, par plaisir, leur ancre dans les coraux. Une ancre dans les coraux sera abîmée, voire bloquée. Il faudra alors plonger pour la décoincer ou la perdre avec sa chaîne. Le meilleur mouillage, le plus sûr, reste le sable. Concernant les eaux usées. Il est souvent reproché aux plaisanciers de polluer le lagon avec leurs rejets organiques (toilettes, restes alimentaires, etc.). Les voiliers modernes et certains plus anciens sont maintenant équipés de cuves à eaux noires qui leur permettent de rejeter ces eaux usées en dehors du lagon, en pleine mer, ou dans les marinas équipées pour cette récupération. Cela pose le problème de l’investissement dans les infrastructures d’accueil. Les répondants qui reprochent le plus aux voiliers de polluer sont également les plus opposés aux investissements pour améliorer leur accueil et réduire ces éventuels rejets11. Les plaisanciers ont, pour la plupart, fait les investissements pour réduire cette nuisance. Ce dernier argument, celui de la pollution organique, devrait perdre de sa force quand on sait que, en période normale, hors Covid-19, seuls 26 voiliers sont habités à l’année aux corps morts de la marina de Taina. Combien de bateaux à moteur se concentrent-ils tous les week-end au banc de sable du récif Tepuahono, près de la passe de Ta’apuna pour aller faire la bringue … et sans aucunes toilettes !

Alors, les plaisanciers sont-ils les mal-aimés du tourisme ?
Les résultats cités ont pu montrer que tous les reproches qui leurs sont fait ne sont pas toujours justifiés ni partagés par l’ensemble de la population. Ces reproches leur restent cependant imputés et dégradent leur image. Dans deux enquêtes séparées, réalisées par les mêmes étudiants de la Licence 3, des questions similaires pour décrire le comportement des répondants vis-à-vis des touristes, d’une part, et des plaisanciers, d’autre part, décrivent des comportements différents. La note de comportement vis-à-vis des touristes est de 6,12 contre 5,42 pour les plaisanciers. L’échelle de mesure est, là aussi, en 7 points. Dans les deux cas, le comportement est bienveillant mais le touriste reste mieux noté que le plaisancier.

D’autres questions ont été posées pour évaluer l’attitude non plus vis-à-vis de la personne, touriste ou plaisancier, mais de l’activité, tourisme ou plaisance. Dans ce cas, les avis sont plus tranchés : +1,12 pour le tourisme contre -1,30 pour la plaisance. Ces deux mesures sont sur une échelle de -6 à +6.

Problème plus large du tourisme

Une explication possible de ces différences peut provenir du fait que ces deux activités n’ont pas la même visibilité. Les touristes, même nombreux, restent souvent dans les hôtels qui les hébergent. Ceux-ci sont d’ailleurs équipés à cette fin. Ils possèdent de quoi les loger, bien-sûr, mais aussi les nourrir et les divertir. Rares sont alors les touristes à sortir de ces structures. Nous en voyons parfois quelques-uns à l’arrière des pick-up qui les emmènent visiter la Papenoo ou d’autres endroits remarquables du pays mais cela reste marginal. Les voiliers, quant à eux, sont dans le lagon, visibles de tout le monde. Ils sont un peu comme ces touristes des Airbnb, plus visibles que les touristes des hôtels. Après avoir passé la nuit dans leur logement, les touristes Airbnb en sortent pour aller à la rencontre de la population. Une étude publiée en 2020, montrait d’ailleurs que les deux indicateurs évoqués précédemment, le comportement vis-à-vis des touristes et l’attitude vis-à-vis du tourisme, tendaient, tous deux, à baisser avant la crise de la Covid-19. Les polynésiens étaient-ils déjà fiu des touristes ? 12 Nous en étions à près de 240 000 touristes par an.

Le fond du problème

Une autre donnée numérique importante montre que les résultats des analyses explicatives sont particulièrement intéressants puisqu'ils indiquent les vraies raisons du rejet des plaisanciers : les répondants rejettent l’autre (le plaisancier) parce qu’il n’est pas (culturellement) comme eux et, économiquement, ne leur apporte rien. Le facteur environnemental, souvent mis en avant pour justifier une attitude négative vis-à-vis de la plaisance et des plaisanciers, est effectivement relevé comme un élément justifiant ce comportement mais il est plus faible que la culture et l’économie. L’environnement ne serait donc qu’un prétexte pour cacher d’autres motivations.

 

Sur la dernière position du répondant ("le lagon appartient à tout le monde"), l'analyse du détail des réponses est intéressante au regard de l'actualité autour du PGEM de Moorea.

Dans l’ordre décroissant du partage du lagon, le classement est le suivant : Tuamotu (moyenne : 2,71) ; Australes (my : 1,19) ; Iles sous-le-vent (my : 1,14) ; Tahiti (my : 0,53) et Moorea (my : 0,35). Les Marquises n’ayant pas de lagon ne sont pas prises en compte dans ce classement.
Les habitants de Moorea ont donc le sentiment d’appartenance le plus fort vis-à-vis de leur lagon. Ce sont, dans toute la Polynésie, ceux qui considèrent le plus que le lagon appartient avant tout aux habitants de l'île et pas à tout le monde. Ils ne veulent pas partager. Ajoutez à cela M. Le Maire qui se sent obligé de suivre ce que la population souhaite (article dans la Dépêche du 11/10/2021), mais il ne fait, du coup, que suivre les velléités d'une minorité de personnes (en moyenne autour de 15 - 20 %) "extrémistes" aux idées bien arrêtées sur la plaisance ... et vous obtenez le PGEM 2021 en voie d'officialisation.

Quoiqu’il en soit, il ressort de ce travail que les répondants, résidents de la Polynésie française, distinguent l’activité de la personne. Ils rejettent l’activité plaisance mais, sauf cas exceptionnels cité en introduction, pas le plaisancier. Pas encore.

 

 

 

 

 


1390 résidents ont été interrogées en vis-à-vis, principalement à Tahiti, Moorea, Îles-sous-le vent et Australes. La distribution hommes/femmes, dans l’échantillon, est représentative de la population.

2Pinel-Peschardière E. (2020), « Etude d’impact de la plaisance sur l’économie de la Polynésie française ».

3Teriiteporouarai T. et Vesco J. (2021), « Raiatea : la plainte pour dégâts sur un voilier échoue au tribunal », Polynésie la 1ère, 21 février. https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/raiatea/raiatea-la-plainte-pour-degats-sur-un-voilier-echoue-au-tribunal-941071.html

4Rofes J. (2021), « Huahine – Les agressions sur les voiliers s’accentuent », La Dépêche de Tahiti, 22 avril. https://actu.fr/polynesie-francaise/huahine_98724/huahine-les-agressions-sur-les-voiliers-s-accentuent_41280619.html

5Réné C. (2020), « Moorea : mort d’un jeune baigneur percuté par une embarcation », Radio 1.pf, 10 août. https://www.radio1.pf/moorea-mort-dun-jeune-baigneur-percute-par-une-embarcation/

6

74,3, en moyenne, sur une échelle de 1 à 7 ; 1 = opposé et 7 = favorable ; 42,1% des répondants se positionnent sur la modalité de réponse neutre, 4.

8L’image obtenue est le résultat de la factorisation de différentes questions abordant cette image sous des angles différents.

9Rapport CHSP "Qualité bactériologique des eaux de baignade"  Publié le 25 mai 2020 à 15h31, mis à jour le 26 mai 2020 à 20h13 : https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/qualite-eaux-baignades-leger-progres-836292.html

10Heider F. (1958), « The Psychology of Interpersonal Relations », John Wiley & Sons, Inc, Kansas, USA.

11Corrélation significative (Sig. = 0,000) et négative (corrélation de Pearson = -0,222) entre la question concernant les rejets (« Les voiliers polluent les lagons (rejet d’huile de moteur et des eaux usées : toilettes, vaisselle, déchets alimentaires) ») et la question sur le besoin d’investissement pour mieux accueillir les plaisanciers (« Le gouvernement devrait investir plus pour l’accueil des plaisanciers (corps morts, marinas, zones de carénage, etc) »).

12Ghewy P. (2020), « Bientôt fiu des touristes ? », Tahiti Infos, 16/02/2020. https://www.tahiti-infos.com/Bientot-fiu-des-touristes_a188903.html

Fidji fait les yeux doux aux plaisanciers

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Cet article de Radio1.pf (retranscrit ci-dessous) a le mérite de poser très clairement la problématique du "fiu ambiant" des plaisanciers en Polynésie française. De part cette initiative, Fidji appelle de manière ostentatoire les voiliers en Polynésie française à venir séjourner chez lui.

Il semble évident que bon nombre de voiliers vont se laisser convaincre, à juste titre. Inutile de rappeler que ce seront des "touristes" en moins qui ne consommeront plus en Polynésie française. Mais à l'heure actuelle, au vu de la situation économique et sanitaire, la Polynésie française peut-elle se passer de cette manne financière ? Au vu des récents événements, de l'augmentation du vigilantisme, des prises de décisions contradictoires des autorités, ... il semble évident que la Polynésie française ne fait rien pour tenter de garder cette (la seule actuellement ?) ressource touristique financière.

C'est la dure réalité actuelle de la plaisance en Polynésie française.

 

Fidji fait les yeux doux aux plaisanciers

Alors qu’en Polynésie l’atmosphère est parfois devenue suffocante pour les plaisanciers, Fidji courtise cette niche touristique avec son dispositif « Blue Lane », en étendant de 2 à 5 ans l’admission temporaire des navires de plaisance. 

Une loi votée fin juin permet désormais aux plaisanciers étrangers de rester à Fidji « tax-free » durant 5 ans au lieu de 2 ans. Jusqu’ici, à l’expiration de l’admission temporaire de 18 mois et d’une extension de 6 mois, les plaisanciers étrangers devaient soit payer les taxes d’importation sur leur bateau, soit quitter le pays.

Selon la nouvelle règle, les yachts et voiliers autorisés à bénéficier de ce statut sont uniquement ceux entièrement consacrés à l’utilisation personnelle de leurs propriétaires. Les voiliers participant à des courses au large peuvent également être admis dans le pays par ce biais. La période d’exemption de taxe est de 4 ans et demi, avec là encore une extension de 6 mois.

Total : 5 ans pour explorer les 300 et quelques îles fidjiennes contre seulement 2 ans en Polynésie française, où la « route des 36 mois » mise en place en 2018 pour booster le tourisme nautique avait pris fin en juin 2020 quand l’admission temporaire avait été réduite à 24 mois.

Le début de la fin d’une niche touristique ? 

Pour rappel, l’épidémie de Covid-19 a bloqué en Polynésie française de nombreux voiliers (la DPAM parlait d’environ 600 bateaux) qui ont rencontré à certains endroits une franche hostilité, non seulement verbale mais aussi physique. Les marinas sont pleines, les mouillages manquent, et si à Tahiti les plans de mouillage ont été modifiés et des corps morts promis par le Port autonome ont été mouillés, ils sont encore inutilisables faute d’être équipés des bouées, filins et chaînes nécessaires à l’amarrage. De nombreux plaisanciers souhaitaient poursuivre leur route vers l’Ouest mais la plupart des ports du Pacifique entre le fenua et l’Australie sont fermés. Ils disposent à présent d’une porte de sortie, vers un territoire accueillant doté de services aux navigateurs et où le coût de la vie est bien moins élevé qu’en Polynésie. « La nouvelle réglementation de Fidji renforce notre position en tant que première destination nautique du Pacifique Sud et nous permet de conserver notre avantage compétitif sur ce marché », déclare la directrice de la marine de Port Denarau au Fiji Sun.

« On peut présumer que cela risque de « motiver » un certain nombre de plaisanciers internationaux en fin d’admission temporaire à quitter la Polynésie pour rejoindre les Fidji », estime l’Association des voiliers en Polynésie sur sa page Facebook.  Des modalités de test et de surveillance (des services payants) sont déjà en place pour permettre aux plaisanciers de se rendre à Fidji même en cette période d’épidémie. Mais la durée de navigation à la voile entre la Polynésie et Fidji étant d’environ 15 jours, les équipages qui s’y rendront peuvent être exemptés de quarantaine.

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