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Plaisance en Polynésie française : Le paradis n’existe plus ?

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[Traduction de l'article French Polynesia : Paradise No More ? paru sur le site noonsite, l'outil de planification ultime pour les plaisanciers. Au vu de l'actualité, il paraissait essentiel de montrer que le sujet n'était pas que "local" mais avait bien une résonance internationale.]

 

Dès que l'on évoque l'idée de naviguer dans le Pacifique Sud, il est presque inévitable qu'un nom emblématique comme Bora Bora ou Tahiti remonte à la surface. C'est peut-être grâce à Michener, mais aussi à Thor Heyerdahl, Robert Louis Stevenson et bien d'autres, que nous rêvons de la Polynésie française. Cependant, ces derniers temps, ces îles ont fait l'objet d'une grande attention, souvent peu flatteuse en ces temps de frontières fermées par le Covid et de rêves freinés par une pandémie. Les opinions actuelles sur la Polynésie française pour les bateaux de croisière vont de "Venez, l'eau est bonne" à "Il y a déjà trop de monde, passez votre chemin". La réalité, sur l'eau, se situe probablement quelque part entre les deux.

 

Noonsite a demandé à trois croisiéristes, qui sont en Polynésie française depuis un certain temps, de donner leur avis sur la situation actuelle dans les îles pour les yachts de passage.

 

PREMIER TÉMOIGNAGE

La Polynésie a cette image formidable de paradis sur terre : un ciel bleu et clair, des lagons et des montagnes magnifiques, des eaux cristallines et les gens les plus aimables. Bien que cela soit encore vrai dans certaines régions, et certainement ressenti comme tel par les touristes 6 étoiles se rendant à Bora Bora, cela ne reflète malheureusement pas l'expérience vécue par de nombreux marins sur une grande partie du territoire.

Le paradis n'existe plus ?

En 2014, le gouvernement a décidé que la communauté des navigateurs pouvait stimuler les revenus du tourisme et a changé les règles de séjour des bateaux de 6 mois à 3 ans. Le raisonnement était simple : le territoire est immense, et il peut facilement accueillir beaucoup plus de bateaux. Cette politique a connu un succès retentissant, car les bateaux qui devaient auparavant partir après une saison (ou importer leur bateau à 30 % de droits de douane !) pouvaient désormais passer 3 saisons complètes avant de partir plus à l'ouest (ou importer leur bateau à seulement 7 % de droits de douane). Beaucoup ont profité de ces changements.

En conséquence, le nombre de bateaux présents dans le PF (résidents plus transitoires) a explosé pour atteindre des centaines de plus qu'auparavant. Les chiffres absolus sont difficiles à obtenir car il n'y avait pas de véritables statistiques auparavant.

La soi-disant "route des 36 mois", qui était censée répartir ces chiffres sur un vaste territoire, ne tenait pas compte du fait que tous les bateaux de passage (ainsi que la plupart des bateaux résidents à un moment ou à un autre) restaient à Tahiti, où il est facile de se procurer des pièces de rechange, de faire des réparations, de recevoir des soins médicaux et, bien sûr, qui est le point d'arrivée et de départ des voyages internationaux.

Tahiti était déjà assez saturée, et ces nouveaux chiffres massifs ont rendu la situation intenable - ce qui a empiré lorsque les autorités locales ont décidé que le principal mouillage près de Papeete (Taina) devait être vidé en raison d'un projet de développement (qui est maintenant mort dans l'eau). Près de 100 bateaux y étaient ancrés. Aucune alternative n'a été proposée car, au même moment, les deux marinas de Tahiti (Papeete Marina et Taina Marina) étaient déjà pleines à craquer. Les bateaux ont fini par jeter l'ancre partout où ils le pouvaient, le drame étant encore aggravé par l'ordre donné à de nombreux bateaux de se rendre à Tahiti depuis l'endroit où ils se trouvaient dans le FP dans le cadre des restrictions du Covid.

Il est utile de mentionner qu'entre 2014 et aujourd'hui, pas une seule nouvelle infrastructure n'a été mise en place à Tahiti ou Moorea pour accueillir ces bateaux supplémentaires (à part un agrandissement mineur, un ponton visiteurs pour 4-6 bateaux et un dock pour dériveurs à Vaiare Marina sur Moorea), et à ce degré, la communauté des navigateurs paie maintenant le prix de la surpopulation après avoir été incitée à venir en grand nombre. Il y a eu (et il y en a encore un en cours) de nombreux projets de marina, mais tous ont - jusqu'à présent - été abandonnés à cause d'une objection (parfois très mineure) des résidents locaux - les mêmes qui se plaignent également que les voiliers leur obstruent la vue sur le lagon et "polluent" les eaux.

Résultat : le chaos, des ordres contradictoires de la part des autorités ("bougez !", "restez !", "restez 48 heures seulement !", "ne jetez pas l'ancre n'importe où !", etc...) et de plus en plus de refus de la part des habitants.

Les autorités et les médias ont commencé à pointer du doigt le grand nombre de bateaux, et à Tahiti et Moorea (et quelques autres endroits au plus fort de la pandémie de Covid), les locaux ont commencé à considérer les voiliers comme des parasites : "ils gâchent la vue", "ils polluent le lagon", "ils ne paient rien", "ils détruisent le corail", "ils jettent leurs ordures n'importe où et cueillent les fruits de nos arbres", etc...

En vérité, les locaux n'ont pas tort, car leur nombre est écrasant et aucune alternative n'est proposée. Certains marins, comme dans toute communauté, sont des brebis galeuses - ils jettent leurs ordures, se baignent nus devant les familles locales et cueillent des fruits dans les arbres (chaque arbre appartient à quelqu'un de FP, et bien que les locaux soient très généreux, ils ne tolèrent absolument pas que des gens "volent" leur récolte) - et ce sont eux (les brebis galeuses) dont tout le monde se souvient.

Le dégagement du mouillage de Taina à Tahiti a conduit à ce qu'un autre petit mouillage près de l'aéroport soit extrêmement saturé de bateaux, et sur le chemin des bateaux de pêche locaux. Cela signifie bien sûr plus de tension. J'ai reçu des rapports indiquant que certains bateaux sont retournés mouiller à Taina, soit en raison du manque de suivi habituel ici (dégager les bateaux puis oublier de les faire respecter), soit parce que l'on s'est rendu compte que le dégagement avait entraîné de graves complications. En tout cas, le mouillage de l'aéroport est actuellement moins encombré.

Plutôt que d'essayer de pacifier la situation, les autorités locales, en particulier l'agence maritime locale, ont embrouillé tout le monde avec une communication contradictoire. À un moment donné, à Moorea (l'île "sœur" de Tahiti, où de nombreux bateaux aiment mouiller), le maire a ordonné à tous les bateaux de se déplacer toutes les 48 heures, alors que le gouvernement central interdit tout mouvement de bateaux ! Une autre fois, après qu'un jeune garçon a été tué par un bateau rapide alors qu'il se baignait à côté de son bateau à Moorea, les autorités ont interdit aux voiliers de jeter l'ancre à Moorea, mais les bateaux rapides sont toujours autorisés à se déplacer !

Moorea a récemment émis un nouveau "PGEM" - une sorte de règle d'occupation du lagon - qui interdit le mouillage à tous les endroits sauf à quelques rares exceptions, et met en place un quota de 30 bateaux maximum au mouillage dans le lagon (la petite marina de Moorea compte déjà plus de 60 bateaux résidents). De plus, sur ces 30 emplacements, 20 se trouvent à plus de 25 mètres de profondeur, ce qui les rend peu sûrs la plupart du temps. En d'autres termes, Moorea est maintenant presque totalement interdite aux voiliers. Le seul soulagement est qu'à l'heure actuelle, le PGEM n'est pas pleinement appliqué et que l'AVP a lancé une action en justice.

Tout cela a conduit à une situation très désagréable, qui s'étend à toutes les îles de la Société (Tahiti, Moorea, Raiatea, Huahine, Bora Bora) : insultes de la part des habitants (Tahiti, Raiatea, Huahine), lignes d'ancrage coupées par certains habitants (Raiatea), violence physique à l'encontre des marins (une femme a été gravement battue à Huahine), tandis que la police ou la gendarmerie ne font pas grand-chose pour agir. De plus en plus d'habitants se font justice eux-mêmes, et il est clair que cela ne peut qu'engendrer de nouveaux problèmes.
Les médias, pour la plupart, continuent d'amplifier le rejet croissant des voiliers par la population locale.

 

Alors, le paradis n'existe plus ? Cela dépend de l'endroit où vous allez.

Heureusement, certaines îles accueillent encore les marins :

- Les Marquises, pour la plupart, ont compris que les voiliers ne sont pas des pollueurs, et qu'ils fournissent des emplois et des revenus.
- La plupart des îles Tuamotu ont suffisamment d'espace pour ne pas être dérangées par les bateaux au mouillage (tant qu'ils surveillent leur ancre et leur chaîne et n'endommagent pas le corail) - certaines comme Fakarava ont récemment interdit le mouillage dans la partie la plus agréable de l'île et imposent désormais la plongée avec un opérateur local, mais c'est une exception.
- Les Australes et les Gambier sont toujours très accueillants pour les marins bien élevés.

Le souci est bien sûr que, lorsque les restrictions Covid commenceront à être levées (de manière limitée) dans le Pacifique, de plus en plus de bateaux continueront à arriver, en partie encouragés par les divers rallyes du Pacifique. Ce n'est pas souhaitable.

Le territoire a cruellement besoin de plus d'infrastructures : marinas, chantiers navals, entrepôts secs, champs d'amarrage, et tant qu'il n'y aura pas de telles installations, la situation ne fera qu'empirer. Les autorités ont, dans un premier temps, décidé de réduire la "route des 36 mois" à un permis de séjour de 24 mois. Cela peut aider, mais ce n'est pas suffisant. Je pense qu'il sera extrêmement difficile de renverser la situation, d'autant plus qu'il n'y a aucune tentative de la part des autorités ou des médias.

Donc, plus de paradis dans les îles de la Société, clairement, et on devrait réfléchir à deux fois avant de décider de descendre à Tahiti : il n'y a pas de place pour les nouveaux arrivants.

O. M.

 

DEUXIÈME TÉMOIGNAGE

Nous avons eu, pour la plupart, une expérience très agréable. Mais je suis d'accord avec Olivier - il y a des problèmes au paradis. Tous les faits concernant la surpopulation sont exacts. Le COVID a mis les choses au point, mais les sentiments existaient déjà avant.

John et moi faisons des croisières 24h/24 et 7j/7 depuis 2005. Nous avons visité 50 pays en yacht, dépensons de l'argent dans l'économie locale et respectons toujours les règles et coutumes locales.

Nous n'avons jamais eu l'impression d'être mal accueillis, mais en juillet dernier, nous avons vécu une expérience troublante.

Nous étions ancrés dans une baie à l'ouest de Raiatea afin de nous rendre dans un restaurant local pour le déjeuner. Comme il n'y avait pas d'amarrage, nous avons jeté l'ancre en eau profonde, bien à l'écart du récif. Lorsque nous sommes revenus environ deux heures et demie plus tard, une de nos lignes avait été coupée. Elle faisait partie de l'appareil permettant de soulever le canot pneumatique.

Un bateau local s'est approché et un jeune homme nous a dit que c'était une baie privée et que nous ne pouvions pas jeter l'ancre. Il a nié toute connaissance de la ligne coupée. Cela nous a laissé un très mauvais goût dans la bouche après un repas très agréable et très cher dans un restaurant où nous étions l'une des deux seules tables occupées pour le déjeuner. Il y avait au moins 5 personnes locales employées là.

Existe-t-il des baies privées où l'ancrage est interdit et si oui, comment sont-elles désignées ? Un simple avertissement courtois nous aurait fait passer à autre chose. Endommager notre bateau était un acte bas et lâche.

Nous sommes allés à la Gendarmerie Nationale à Uturoa, Raiatea, pour signaler l'incident, armés de notre récit de l'incident traduit en français. La femme officier a dit que je devais payer un droit pour jeter l'ancre et qu'il s'agissait d'une baie privée (Baie Pufau). J'ai été surpris et j'ai dit que nous n'étions pas au courant de ces frais et que je n'avais jamais entendu cela de la part de quelqu'un d'autre. Elle parlait peu l'anglais.
Son supérieur est sorti. Il parlait mieux l'anglais et a dit qu'il y avait un droit à payer. Il a dit que le gouvernement national devrait le dire aux croisiéristes. Il a dit que nous ne pouvions jeter l'ancre que pour deux nuits n'importe où. J'ai demandé ce qui serait fait pour les dégâts et, à contrecœur, le jeune officier a rédigé un compte rendu qui ne ressemblait que vaguement au mien.
J'ai été dirigé vers DPAM, sans doute pour payer la taxe. J'avais l'impression d'être le criminel. À la DPAM, une dame très gentille m'a dit qu'il n'y avait pas de taxe mais que nous ne pouvions jeter l'ancre que pour 2 nuits n'importe où dans le lagon. Elle a dit que la Baie Pufau n'était pas privée mais que c'était un très mauvais endroit !

Elle a envoyé tous les documents à Papeete - nous n'avons reçu aucune réponse. Il n'y a aucune règle disant que l'ancrage est autorisé pour deux nuits seulement.

En novembre de cette année, il a été annoncé que les autorités locales envisageaient de mettre en place un système d'amarrage et de faire payer une taxe, comme cela se fait à Bora Bora.

Nous avons rencontré beaucoup d'habitants de la région qui disent que seuls quelques-uns sont contre les bateaux dans leur lagon, mais ces quelques-uns se font entendre et pour John et moi, c'est terrible de ressentir une telle animosité. Il n'y a pas de solution facile en cours. Un afflux de bateaux supplémentaires n'est pas ce dont nous avons besoin.

Une autre chose que je voulais ajouter, c'est que le sentiment d'être dans leur bon droit qu'ont de nombreux croisiéristes est choquant. Nous en avons fait l'expérience lors du dernier confinement que nous avons passé à Bora Bora. La circulation des yachts était interdite, tout comme celle des locaux. Les croisiéristes se déplaçaient à leur guise dans Bora Bora comme si "cela n'avait pas d'importance". Et ce, au détriment des habitants qui ne pouvaient pas se déplacer. J'ai demandé une permission et on me l'a refusée. Cela me met très en colère !

Nous irons dès que nous pourrons, lorsque la saison des cyclones sera terminée.

S.A. & J.  P.

 

TROISIÈME TÉMOIGNAGE

Commençons par quelques faits indiscutables. Il y a beaucoup de bateaux supplémentaires ici. Beaucoup d'entre nous étaient ici en mars 2020, se préparant à partir vers l'ouest après la saison des cyclones, mais hélas cela n'a pas été le cas. Ajoutez à ceux d'entre nous qui sont "coincés" ici (honnêtement, ce n'est pas trop difficile) les bateaux qui étaient déjà légitimement en route depuis les Amériques, à destination de la Polynésie française (puis de l'ouest) lorsque les frontières ont commencé à se fermer à gauche et à droite.

Même si de nombreuses personnes, comme les ralliés de l'ARC World, n'étaient venues qu'avec des visas de 90 jours (et ont dû repartir par la suite), leurs bateaux sont restés bloqués ici, occupant pour la plupart un espace privilégié dans les quelques marinas et chantiers navals du territoire. Nous avons tous survécu à la première fermeture, mais les tensions étaient fortes et l'avenir incertain, tant à terre que sur l'eau. Cela nous a permis d'accumuler près de deux ans de bateaux.

Pour exacerber la situation, malgré la fermeture des frontières, les bateaux de croisière ont continué à arriver pendant toute la durée de la pandémie, poursuivant leur propre programme préconçu plutôt que de regarder le tableau d'ensemble d'un accueil tendu de la part de nos hôtes polynésiens. Il n'est pas surprenant que des échos de mécontentement se fassent entendre sur les médias sociaux chaque fois que la presse locale mentionne la communauté des navigateurs. Il s'agit peut-être d'un petit segment de la population, mais c'est indéniable. En partie généré par la xénophobie, en partie basé sur des idées fausses, en partie par la jalousie peut-être, et une poignée d'autres raisons, mais quel que soit le fondement, il nous pèse.

J'ai parlé avec de nombreux croisiéristes qui sont arrivés en Polynésie française de 2018 à aujourd'hui. Nous étions aux Gambiers au début de l'année 2021 et avons vu un flux constant de dizaines de bateaux arriver dans le port d'entrée éloigné de Rikitea. Une grande majorité d'entre eux, quelle que soit la date de leur arrivée ici, diront qu'ils ne se sont jamais sentis malvenus. Pour la plupart, je dirais la même chose, bien qu'en tant que francophone, je capte des propos que les croisiéristes anglophones n'entendent pas. D'un autre côté, je connais personnellement 5 bateaux qui ont été victimes de vol, de vandalisme, d'agression physique ou verbale, donc oui, il existe une agression réelle et documentée contre les croisiéristes. Est-ce que c'est partout ou omniprésent ? Est-ce nouveau depuis la pandémie ? Non, mais tout comme les réactions sur les médias sociaux, c'est suffisant pour donner à réfléchir.

Je pense que les causes de cette situation inconfortable sont complexes et remontent à plus loin que la pandémie, mais nous en sommes là aujourd'hui, à essayer de tirer le meilleur parti de la situation.

Il existe encore de nombreux endroits où les mouillages sont nombreux et l'accueil sincère. Les Gambiers, par exemple, ne sont pas du tout un archipel touristique, les perles étant la principale industrie. Les quelques douzaines de bateaux de croisière sont répartis sur les motus au large et ont tendance à se rassembler sur l'île principale lorsque le bateau de ravitaillement arrive, toutes les 3 semaines environ. Il semble qu'il y ait toujours un peu de jockey maladroit pour le modeste approvisionnement en légumes frais lorsqu'ils arrivent, mais d'un autre côté, plusieurs résidents sont prompts à offrir des fruits de leurs jardins, généralement sans rien demander en retour. Il n'y a pas d'installations pour la navigation de plaisance, et en fait à peine une quincaillerie de base, mais il y a de magnifiques mouillages éloignés dont on peut profiter.

On peut dire à peu près la même chose de la plupart des Tuamotus, avec quelques différences notables. Il n'y a pratiquement pas de fruits à donner ou à échanger dans la vieille tradition polynésienne et l'accueil est plus discret. De même, dans les îles les plus grandes, où le tourisme aérien est plus important, nous avons parfois l'impression de n'être qu'une transaction commerciale de plus, tolérée mais pas appréciée, bien que nous ayons eu des échanges personnels très mémorables. Comme aux Gambier, il y a peu d'infrastructures pour les bateaux, bien qu'un groupe de jeunes entrepreneurs dans un petit atoll ait créé une entreprise de services aux yachts et qu'il y ait des plans concrets pour une petite marina. Le chantier naval d'Apataki a investi dans de nouveaux équipements et a dégagé un nouvel espace pour les bateaux sur le dur. Dans l'ensemble, les Tuamotu restent donc un lieu de croisière agréable.

Je ne peux pas parler de la situation dans les Australes, si ce n'est pour mentionner des rapports de seconde main sur la surpopulation de l'île la plus souvent visitée. La saison dernière, il y avait jusqu'à 15 bateaux dans le lagon, contre une moyenne précédente d'environ 5 et certains membres de la communauté étaient mécontents de ce nombre de bateaux.

Les Marquises ont vu très peu de touristes depuis le début de la pandémie et les croisières restent donc une source de revenus appréciée, bien que modeste, pour les agriculteurs et les artisans. Après la surpopulation temporaire et stressante des principaux ports de l'île pendant la première période de fermeture de la Covid, Nuku Hiva a retrouvé le nombre modeste de bateaux qu'il avait avant la pandémie, soit une trentaine aujourd'hui, dans une baie pouvant en accueillir une centaine. Nuku Hiva s'enorgueillit d'un nouveau magasin d'accastillage, géré par des croisiéristes qui sont arrivés ici en tant que croisiéristes et qui s'y sont trouvés "chez eux". En tant que premier port d'escale pour la plupart des bateaux arrivant des Amériques, je suis sûr que ce sera un ajout bienvenu à l'attrait de Nuku Hiva.

Ce bref tour des archipels nous conduit aux Sociétés, où les relations entre Polynésiens et croisiéristes de passage sont les plus complexes et les plus tendues.

Les Sociétés sont le lieu où les bateaux et les plaisanciers doivent se rendre pour obtenir des biens et des services : soins médicaux, artisans de toutes sortes, pièces détachées pour bateaux, tout ce qu'une métropole du Pacifique Sud a à offrir. C'est également là que les sentiments anti-boat sont les plus forts et les plus bruyants. À Tahiti, les marinas de Papeete et de ses environs sont pour la plupart pleines et ne prennent aucune réservation. Le seul mouillage autorisé dans cette zone est également problématique. Il se trouve à deux miles du quai pour canots pneumatiques le plus proche, et il est en train d'être transformé en un champ d'amarrage qui donne la priorité aux bateaux locaux ayant des contrats à long terme, comme les champs d'amarrage existants. Le tableau d'ensemble montre un manque de compréhension des besoins des bateaux de passage de la part des autorités. Il n'y a pas eu d'augmentation significative des infrastructures depuis que le gouvernement a commencé à autoriser les bateaux à rester jusqu'à 36 mois avant que les droits d'importation ne soient dus.

Mo'orea, l'île sœur de Tahiti, vient de se voir imposer des restrictions draconiennes et inapplicables sur ses mouillages. Elles ne sont pas appliquées pour l'instant et sont contestées sur plusieurs fronts, notamment par l'AVP, l'association locale de voile, mais elles ont force de loi. Ce que certains ne comprennent peut-être pas, c'est que ces restrictions ont été imposées par le gouvernement du FP, et non par celui de Mo'orea, et qu'elles sont beaucoup plus strictes que ce que le comité local de Mo'orea avait recommandé. Pour moi, cela indique une sérieuse déconnexion au niveau du gouvernement. D'une part, il prétend encourager activement le tourisme nautique et durable, mais d'autre part, il vient de promulguer une loi anti-bateaux radicale, sans tenir compte de l'avis de la communauté concernée.

Bora Bora a déjà pratiquement interdit l'ancrage, au profit d'amarrages, le plus souvent dans des endroits peu pratiques pour accéder aux biens et services de la ville principale. Raiatea et Huahine, qui se trouvent à proximité, discutent activement de plans visant à faire de même.

Ainsi, dans presque toutes les sociétés, il existe un mouvement au niveau gouvernemental visant à imposer des restrictions inutiles à ce que certains appellent ici "l'ancrage dans la nature". La plupart d'entre nous considèrent qu'il s'agit simplement de jeter l'ancre dans un environnement agréable, plutôt que d'être enfermés dans une marina. Même si nous le voulions (je pense que la plupart des croisiéristes ne le veulent pas), il n'y a tout simplement pas de place. J'ai vu les plans d'une marina proposée à Huahine. Ils sont en train de terminer l'expansion de la marina existante à Mo'orea (dont les cales sont déjà presque toutes occupées). Il y en a une toute petite nouvelle, avec une poignée d'amarrages, également à Mo'orea, mais elle est loin de répondre aux besoins des bateaux de passage. Ils sont plus susceptibles de devenir des lieux pour les bateaux résidents sur une base permanente ou où les gens entreposent leurs bateaux pendant qu'ils s'envolent pour une visite "à la maison". Au niveau du gouvernement, il y a une faction qui dit que le tourisme nautique est un secteur important à développer, puisqu'ils continuent à donner des avantages fiscaux aux compagnies de charter, mais aussi un aveuglement à ce que nous, les touristes nautiques à long terme, voulons et avons vraiment besoin.

Pour moi, la partie la plus décevante de cette image de "croisière au paradis" n'est pas la politique du gouvernement, mais plutôt le ressentiment de notre présence à un niveau personnel. Il y a eu des vols et des agressions bien avant la pandémie, et même des manifestations officielles contre notre présence. Il est vrai que, comme dans tous les segments de la population, certains plaisanciers ont un mauvais comportement, mais on nous met tous dans le même sac : "Ils polluent le lagon, physiquement et visuellement", "Ce sont des squatters", "Ils utilisent nos services sans payer", "Les croisiéristes rentrent chez eux", etc. Pour être honnête, c'est un peu pénible. Nous faisons de notre mieux pour avoir des interactions positives avec toutes les personnes que nous rencontrons, pour avoir une empreinte modeste, pour dire aux gens d'ici combien ils ont de la chance de vivre dans un endroit aussi magnifique et combien nous l'apprécions. En même temps, lorsque les gens nous demandent depuis combien de temps nous sommes ici, on a l'impression qu'ils nous demandent en fait "Pourquoi êtes-vous encore là ?" et qu'ils exigent une réponse un peu défensive du fait que les frontières vers l'ouest sont pratiquement toutes encore fermées.

Surtout quand la Polynésie a la réputation d'être gracieuse et généreuse envers les étrangers, avec une concentration toujours plus grande de croisiéristes, nous sommes peut-être en train d'user notre accueil. Bien que je ne suggère jamais de contourner cette zone de croisière spectaculaire, je dirais qu'elle n'a plus les bras grands ouverts pour nous. Il y aura toujours des frictions entre certains résidents et certains croisiéristes. Je pense donc que le conseil que je donnerais à quiconque prévoit de naviguer dans cette région est d'être conscient de la nature et de l'emplacement des problèmes sous-jacents, d'y aller doucement et d'être les hôtes les plus aimables que vous puissiez imaginer.

J. A.

Plaisanciers et habitants de Raiatea et Taha’a tentent de trouver une entente

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Très bonne initiative, en espérant que cela débouche sur des avancées dans un climat sain et constructif.

 

Article la1ere.francetvinfo.fr -

La cohabitation pose problème pour les voiliers et les administrés de Raiatea. Le sujet est parfois source de conflit entre les deux
parties. Cette semaine, une réunion était organisée par les quatre communes de Raiatea et Tahaa à la demande de la DPAM, la direction polynésienne des affaires maritimes. L'idée était qu'ils évoquent ensemble les futures zones de mouillage comme ce fut le cas pour l'île de Bora Bora. Benoit Gatras, vice-président de l’association des plaisanciers de Apooiti estime que le mouillage des voiliers, ne représentera pas de danger pour le corail, il est au micro de notre correspondant Julien Vescovali.

Aller sur le lien pour écouter Benoit Gatras et regarder le petit reportage du journal TV.

Plaisanciers : les mal-aimés du tourisme ?

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Suite à la parution d'un article dans La Dépêche de Tahiti du 4 octobre 2021 et grâce à l'aimable autorisation et transmission des résultats de l'étude par Pierre Ghewy, nous publions leurs analyses et réflexions sur le sujet, en accord et partenariat avec les auteurs.

Pour information, voici un lien pour télécharger l'article de la Dépêche en pdf : Article Dépêche 4 octobre 2021

 

Cette étude de la sensibilisation de la population polynésienne à la plaisance et aux plaisanciers est le fruit d’un travail en collaboration avec les étudiants de la Licence 3 Économie-gestion de l’Université de la Polynésie Française (UPF). Il a été réalisé dans le cadre de leur cours d’Études de marché. Pour le réaliser, ils en ont rédigé la problématique, le questionnaire, administré ce dernier et enfin analysé les données recueillies1.
Dans les années à venir, cette étude pourra être répétée pour en établir un baromètre et ainsi suivre l’évolution des éléments mesurés.

Les plaisanciers sont des touristes à part entière. Ils arrivent de l’étranger, séjournent en Polynésie française et, comme tous les touristes « normaux », ceux arrivés en avion, ils y consomment divers produits : artisanat local, nourriture, habillement, divertissements (loisirs, restaurants, hôtels, activités, transports aériens), entretien de leur voilier, etc. Une étude de l’Association des Voiliers de Polynésie (AVP) a récemment estimé que leur apport au pays équivaut à 4,77 milliards de francs2 par an. Pourtant, on les insulte, on les menace, on les agresse (au moins deux blessés à Huahine en 2021), on détériore leur matériel (amarres coupées3 ou annexes lacérées) 4 et un mort5, certes accidentel, est déjà à déplorer.
La seule différence avec le touriste traditionnel, arrivé en avion, est que le plaisancier vient avec son habitation et la localise où il le souhaite. Quel est le regard du résident polynésien sur ce touriste particulier et quels en sont les déterminants ? Ce sont les questions auxquelles ce travail tente de répondre.

Une première question posée cherche à déterminer le positionnement global des répondants vis-à-vis de la plaisance6.

Étonnamment, par rapport à l’actualité citée précédemment, les avis sont plutôt neutres sur le sujet7. Cette neutralité apparente cache cependant des avis très différents et plus tranchés : 15,1% sont très favorables à la pratique de la plaisance contre 9,5% très défavorables.

Une autre question, « Souhaites-tu qu’ils (les plaisanciers) quittent le lagon ?», reçoit une réponse similaire : assez neutre (moyenne : 4,24), mais également avec des extrêmes forts : 12,3% des répondants sont absolument opposés à l’idée de voir les plaisanciers quitter le lagon alors que 20,5% veulent absolument les voir partir.

Ces premiers résultats donnent à penser qu’une minorité de personnes fortement hostiles à la plaisance et aux plaisanciers entraîne le reste de la population à protester contre les voiliers.

« Pollueurs profiteurs trop nombreux »

D’autres questions cherchent à cerner plus précisément l’image qu’ont les résidents des plaisanciers en Polynésie française8. Celle-ci est assez négative. Ils sont principalement envisagés comme des « Pollueurs profiteurs trop nombreux ». Encore une fois, la majorité des répondants est plutôt neutre vis-à-vis de cette image : 4,81 sur une échelle de 1 à 7. Comme pour les mesures précédentes, une minorité (11%) adhère complètement à cette image.

La pollution visuelle des voiliers est souvent citée dans les médias et dans les réseaux sociaux, pourtant, étonnamment, le fait de voir ou non les voiliers de son habitation, n’influence pas l’image du plaisancier. Qu’ils les voient, ou pas, à longueur de journées, les répondants ont le même point de vue sur les voiliers. En fait, deux éléments influencent l’image du plaisancier : l’archipel d’habitation du répondant et son implication dans l’environnement.

Image négative du plaisanciers en fonction du lieu

Concernant le lieu d’habitation, dans l’ordre décroissant, l’image la plus négative est aux Tuamotu (5,82 sur une échelle de 1 à 7), Les Marquises, Îles-sous-le-vent et Moorea sont quasiment à égalité (entre 5,08 et 5,05 sur 7). Tahiti, où se trouve la plus grande concentration de voiliers, n’arrive qu’en cinquième position (4,79). Les plaisanciers sont les moins mal vus aux Australes (4,04 – position neutre sur l’échelle de 1 à 7). Ainsi, l’ensemble des archipels, à des degrés différents, partagent cette image négative du plaisancier. Le comportement des plaisanciers varie-t-il d’un archipel à un autre ou est-ce le seuil de tolérance des résidents qui varie ?

 

L'implication dans l'environnement

Concernant l’implication dans l’environnement, second élément influençant l’image que les résidents polynésiens ont des voiliers, plus les répondants s’en sentent concernés, plus l’image qu’ils ont des plaisanciers est négative. Ce constat semble assez logique puisque la pollution par rejet d’eaux usées (vaisselle et toilettes) est également reprochée aux plaisanciers. Ce dernier point nous amène alors à nous questionner sur le classement des éléments susceptibles de polluer le lagon demandé aux répondants. Une question de l’étude consistait à demander aux répondants de classer, selon leur pouvoir polluant, des éléments cités. Le classement de ces éléments, par ordre décroissant selon le nombre de fois qu’ils sont cités en premier, donne les résultats suivants :
- les
épaves de voiliers (110 citations en premier, 28,2% des répondants)
- la faiblesse du traitement des eaux usées des maisons (80, 20,5%) l
- les habitations sur l’île (60 citations en premier, 15,4% des répondants)
- les infrastructures pour
la plaisance (47, 12,1%)
- les hôtels (40, 10,3%)
- les
voiliers dans le lagon (25, 6,4%)
- l’agriculture (20, 5,1%)
- la pêche professionnelle (6, 1,5%).

Les voiliers en bon état, ceux qui flottent, n’arrivent finalement qu’au 6ème rang des éléments polluant, après les hôtels, les habitations et le mauvais traitement des eaux usées des maisons. Au travers de leurs réponses, les répondants indiquent qu’ils considèrent ainsi que leurs habitations ont un pouvoir plus polluant que les voiliers.

Ces résultats indiquent ainsi que, de la même manière qu’il semble qu’une minorité de répondants soit très hostile à la plaisance et aux plaisanciers, il semble qu’une minorité de plaisanciers, celle qui laisse leur voilier dépérir puis couler dans le lagon, soit perçue comme très polluant. Les uns et les autres ont probablement un comportement exagéré qui exacerbe les tensions entre les deux communautés.

Corrélation avec la qualité des eaux de baignade

Ce classement des éléments polluant le lagon est conforme aux résultats de l’étude de la qualité des eaux de baignade publiée tous les ans par le Ministère de la santé9 :

Selon cette carte, les problèmes de qualité de l’eau sont concentrés aux embouchures des rivières. Comme l’indique ce rapport, « Sur les 16 points contrôlés en 2019 aucun n’est propre à la baignade contre 11% en 2018. La qualité des eaux de baignade en embouchure de rivière reste très préoccupante que ce soit en zone urbaine (100% en qualité insuffisante en 2018 et 2019) ou rurale (100% de qualité insuffisante en 2019 contre 78% en 2018).
Le rapport pointe du doigt la déficience du traitement des eaux usées. Les installations sont souvent vétustes ou insuffisantes ».

Les voiliers, eux, sont concentrés devant la marina Taina et l’aéroport… en zone bleue : eaux de bonne qualité.

Malgré ces différentes informations, les oppositions les plus fortes à la plaisance viennent de ceux qui pensent que les voiliers, les infrastructures de la plaisance et les épaves de voiliers polluent le plus le lagon. Si ces personnes souhaitent protéger les lagons polynésiens en chassant les voiliers, visiblement, elles se trompent d’adversaire. Mais, comme le démontrent les socio-psychologues au travers des théories de l’attribution causale, il peut être plus facile de rejeter la faute de nos actions sur d’autres personnes ou des événements externes, plutôt que d’en assumer la responsabilité10.

Trop nombreux et pollueurs ?

Parmi les attributs qui ont permis de définir l’image du plaisancier, la critique la plus forte qui leur est faite est d’être trop nombreux. Sans évoquer la Route des 36 mois, la recrudescence actuelle des voiliers dans le lagon vient du fait que, lors du confinement, en 2020, le gouvernement de la Polynésie française a demandé aux plaisanciers de venir se confiner dans le lagon de Tahiti. Ceci avait pour objectif d’éviter la propagation du virus dans les îles. Aucune infrastructure d’accueil n’ayant été mise en place pour les accueillir, sans le vouloir, ceux-ci ont été contraints de « s’entasser » là où ils le pouvaient…

Le second attribut fort de l’image négative des plaisanciers auprès de la population est d’être « Des pollueurs, responsables de la dégradation des lagons (coraux cassés, rejets d’eaux usées et d’huile moteur) ». Concernant les coraux, les plaisanciers ne mettent pas, par plaisir, leur ancre dans les coraux. Une ancre dans les coraux sera abîmée, voire bloquée. Il faudra alors plonger pour la décoincer ou la perdre avec sa chaîne. Le meilleur mouillage, le plus sûr, reste le sable. Concernant les eaux usées. Il est souvent reproché aux plaisanciers de polluer le lagon avec leurs rejets organiques (toilettes, restes alimentaires, etc.). Les voiliers modernes et certains plus anciens sont maintenant équipés de cuves à eaux noires qui leur permettent de rejeter ces eaux usées en dehors du lagon, en pleine mer, ou dans les marinas équipées pour cette récupération. Cela pose le problème de l’investissement dans les infrastructures d’accueil. Les répondants qui reprochent le plus aux voiliers de polluer sont également les plus opposés aux investissements pour améliorer leur accueil et réduire ces éventuels rejets11. Les plaisanciers ont, pour la plupart, fait les investissements pour réduire cette nuisance. Ce dernier argument, celui de la pollution organique, devrait perdre de sa force quand on sait que, en période normale, hors Covid-19, seuls 26 voiliers sont habités à l’année aux corps morts de la marina de Taina. Combien de bateaux à moteur se concentrent-ils tous les week-end au banc de sable du récif Tepuahono, près de la passe de Ta’apuna pour aller faire la bringue … et sans aucunes toilettes !

Alors, les plaisanciers sont-ils les mal-aimés du tourisme ?
Les résultats cités ont pu montrer que tous les reproches qui leurs sont fait ne sont pas toujours justifiés ni partagés par l’ensemble de la population. Ces reproches leur restent cependant imputés et dégradent leur image. Dans deux enquêtes séparées, réalisées par les mêmes étudiants de la Licence 3, des questions similaires pour décrire le comportement des répondants vis-à-vis des touristes, d’une part, et des plaisanciers, d’autre part, décrivent des comportements différents. La note de comportement vis-à-vis des touristes est de 6,12 contre 5,42 pour les plaisanciers. L’échelle de mesure est, là aussi, en 7 points. Dans les deux cas, le comportement est bienveillant mais le touriste reste mieux noté que le plaisancier.

D’autres questions ont été posées pour évaluer l’attitude non plus vis-à-vis de la personne, touriste ou plaisancier, mais de l’activité, tourisme ou plaisance. Dans ce cas, les avis sont plus tranchés : +1,12 pour le tourisme contre -1,30 pour la plaisance. Ces deux mesures sont sur une échelle de -6 à +6.

Problème plus large du tourisme

Une explication possible de ces différences peut provenir du fait que ces deux activités n’ont pas la même visibilité. Les touristes, même nombreux, restent souvent dans les hôtels qui les hébergent. Ceux-ci sont d’ailleurs équipés à cette fin. Ils possèdent de quoi les loger, bien-sûr, mais aussi les nourrir et les divertir. Rares sont alors les touristes à sortir de ces structures. Nous en voyons parfois quelques-uns à l’arrière des pick-up qui les emmènent visiter la Papenoo ou d’autres endroits remarquables du pays mais cela reste marginal. Les voiliers, quant à eux, sont dans le lagon, visibles de tout le monde. Ils sont un peu comme ces touristes des Airbnb, plus visibles que les touristes des hôtels. Après avoir passé la nuit dans leur logement, les touristes Airbnb en sortent pour aller à la rencontre de la population. Une étude publiée en 2020, montrait d’ailleurs que les deux indicateurs évoqués précédemment, le comportement vis-à-vis des touristes et l’attitude vis-à-vis du tourisme, tendaient, tous deux, à baisser avant la crise de la Covid-19. Les polynésiens étaient-ils déjà fiu des touristes ? 12 Nous en étions à près de 240 000 touristes par an.

Le fond du problème

Une autre donnée numérique importante montre que les résultats des analyses explicatives sont particulièrement intéressants puisqu'ils indiquent les vraies raisons du rejet des plaisanciers : les répondants rejettent l’autre (le plaisancier) parce qu’il n’est pas (culturellement) comme eux et, économiquement, ne leur apporte rien. Le facteur environnemental, souvent mis en avant pour justifier une attitude négative vis-à-vis de la plaisance et des plaisanciers, est effectivement relevé comme un élément justifiant ce comportement mais il est plus faible que la culture et l’économie. L’environnement ne serait donc qu’un prétexte pour cacher d’autres motivations.

 

Sur la dernière position du répondant ("le lagon appartient à tout le monde"), l'analyse du détail des réponses est intéressante au regard de l'actualité autour du PGEM de Moorea.

Dans l’ordre décroissant du partage du lagon, le classement est le suivant : Tuamotu (moyenne : 2,71) ; Australes (my : 1,19) ; Iles sous-le-vent (my : 1,14) ; Tahiti (my : 0,53) et Moorea (my : 0,35). Les Marquises n’ayant pas de lagon ne sont pas prises en compte dans ce classement.
Les habitants de Moorea ont donc le sentiment d’appartenance le plus fort vis-à-vis de leur lagon. Ce sont, dans toute la Polynésie, ceux qui considèrent le plus que le lagon appartient avant tout aux habitants de l'île et pas à tout le monde. Ils ne veulent pas partager. Ajoutez à cela M. Le Maire qui se sent obligé de suivre ce que la population souhaite (article dans la Dépêche du 11/10/2021), mais il ne fait, du coup, que suivre les velléités d'une minorité de personnes (en moyenne autour de 15 - 20 %) "extrémistes" aux idées bien arrêtées sur la plaisance ... et vous obtenez le PGEM 2021 en voie d'officialisation.

Quoiqu’il en soit, il ressort de ce travail que les répondants, résidents de la Polynésie française, distinguent l’activité de la personne. Ils rejettent l’activité plaisance mais, sauf cas exceptionnels cité en introduction, pas le plaisancier. Pas encore.

 

 

 

 

 


1390 résidents ont été interrogées en vis-à-vis, principalement à Tahiti, Moorea, Îles-sous-le vent et Australes. La distribution hommes/femmes, dans l’échantillon, est représentative de la population.

2Pinel-Peschardière E. (2020), « Etude d’impact de la plaisance sur l’économie de la Polynésie française ».

3Teriiteporouarai T. et Vesco J. (2021), « Raiatea : la plainte pour dégâts sur un voilier échoue au tribunal », Polynésie la 1ère, 21 février. https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/raiatea/raiatea-la-plainte-pour-degats-sur-un-voilier-echoue-au-tribunal-941071.html

4Rofes J. (2021), « Huahine – Les agressions sur les voiliers s’accentuent », La Dépêche de Tahiti, 22 avril. https://actu.fr/polynesie-francaise/huahine_98724/huahine-les-agressions-sur-les-voiliers-s-accentuent_41280619.html

5Réné C. (2020), « Moorea : mort d’un jeune baigneur percuté par une embarcation », Radio 1.pf, 10 août. https://www.radio1.pf/moorea-mort-dun-jeune-baigneur-percute-par-une-embarcation/

6

74,3, en moyenne, sur une échelle de 1 à 7 ; 1 = opposé et 7 = favorable ; 42,1% des répondants se positionnent sur la modalité de réponse neutre, 4.

8L’image obtenue est le résultat de la factorisation de différentes questions abordant cette image sous des angles différents.

9Rapport CHSP "Qualité bactériologique des eaux de baignade"  Publié le 25 mai 2020 à 15h31, mis à jour le 26 mai 2020 à 20h13 : https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/qualite-eaux-baignades-leger-progres-836292.html

10Heider F. (1958), « The Psychology of Interpersonal Relations », John Wiley & Sons, Inc, Kansas, USA.

11Corrélation significative (Sig. = 0,000) et négative (corrélation de Pearson = -0,222) entre la question concernant les rejets (« Les voiliers polluent les lagons (rejet d’huile de moteur et des eaux usées : toilettes, vaisselle, déchets alimentaires) ») et la question sur le besoin d’investissement pour mieux accueillir les plaisanciers (« Le gouvernement devrait investir plus pour l’accueil des plaisanciers (corps morts, marinas, zones de carénage, etc) »).

12Ghewy P. (2020), « Bientôt fiu des touristes ? », Tahiti Infos, 16/02/2020. https://www.tahiti-infos.com/Bientot-fiu-des-touristes_a188903.html

Fidji fait les yeux doux aux plaisanciers

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Cet article de Radio1.pf (retranscrit ci-dessous) a le mérite de poser très clairement la problématique du "fiu ambiant" des plaisanciers en Polynésie française. De part cette initiative, Fidji appelle de manière ostentatoire les voiliers en Polynésie française à venir séjourner chez lui.

Il semble évident que bon nombre de voiliers vont se laisser convaincre, à juste titre. Inutile de rappeler que ce seront des "touristes" en moins qui ne consommeront plus en Polynésie française. Mais à l'heure actuelle, au vu de la situation économique et sanitaire, la Polynésie française peut-elle se passer de cette manne financière ? Au vu des récents événements, de l'augmentation du vigilantisme, des prises de décisions contradictoires des autorités, ... il semble évident que la Polynésie française ne fait rien pour tenter de garder cette (la seule actuellement ?) ressource touristique financière.

C'est la dure réalité actuelle de la plaisance en Polynésie française.

 

Fidji fait les yeux doux aux plaisanciers

Alors qu’en Polynésie l’atmosphère est parfois devenue suffocante pour les plaisanciers, Fidji courtise cette niche touristique avec son dispositif « Blue Lane », en étendant de 2 à 5 ans l’admission temporaire des navires de plaisance. 

Une loi votée fin juin permet désormais aux plaisanciers étrangers de rester à Fidji « tax-free » durant 5 ans au lieu de 2 ans. Jusqu’ici, à l’expiration de l’admission temporaire de 18 mois et d’une extension de 6 mois, les plaisanciers étrangers devaient soit payer les taxes d’importation sur leur bateau, soit quitter le pays.

Selon la nouvelle règle, les yachts et voiliers autorisés à bénéficier de ce statut sont uniquement ceux entièrement consacrés à l’utilisation personnelle de leurs propriétaires. Les voiliers participant à des courses au large peuvent également être admis dans le pays par ce biais. La période d’exemption de taxe est de 4 ans et demi, avec là encore une extension de 6 mois.

Total : 5 ans pour explorer les 300 et quelques îles fidjiennes contre seulement 2 ans en Polynésie française, où la « route des 36 mois » mise en place en 2018 pour booster le tourisme nautique avait pris fin en juin 2020 quand l’admission temporaire avait été réduite à 24 mois.

Le début de la fin d’une niche touristique ? 

Pour rappel, l’épidémie de Covid-19 a bloqué en Polynésie française de nombreux voiliers (la DPAM parlait d’environ 600 bateaux) qui ont rencontré à certains endroits une franche hostilité, non seulement verbale mais aussi physique. Les marinas sont pleines, les mouillages manquent, et si à Tahiti les plans de mouillage ont été modifiés et des corps morts promis par le Port autonome ont été mouillés, ils sont encore inutilisables faute d’être équipés des bouées, filins et chaînes nécessaires à l’amarrage. De nombreux plaisanciers souhaitaient poursuivre leur route vers l’Ouest mais la plupart des ports du Pacifique entre le fenua et l’Australie sont fermés. Ils disposent à présent d’une porte de sortie, vers un territoire accueillant doté de services aux navigateurs et où le coût de la vie est bien moins élevé qu’en Polynésie. « La nouvelle réglementation de Fidji renforce notre position en tant que première destination nautique du Pacifique Sud et nous permet de conserver notre avantage compétitif sur ce marché », déclare la directrice de la marine de Port Denarau au Fiji Sun.

« On peut présumer que cela risque de « motiver » un certain nombre de plaisanciers internationaux en fin d’admission temporaire à quitter la Polynésie pour rejoindre les Fidji », estime l’Association des voiliers en Polynésie sur sa page Facebook.  Des modalités de test et de surveillance (des services payants) sont déjà en place pour permettre aux plaisanciers de se rendre à Fidji même en cette période d’épidémie. Mais la durée de navigation à la voile entre la Polynésie et Fidji étant d’environ 15 jours, les équipages qui s’y rendront peuvent être exemptés de quarantaine.

Vigilantisme en Polynésie française

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[ATTENTION : le terme de « locaux » employés ici signifie les « habitants de Polynésie », qu’ils soient polynésiens, français ou de toute autre origine]

Les citations entre guillemets de ce post ont été extraites de cet article de La Relève et La Peste, paru le 5 août 2021.

 

Gilles Favarel-Garrigues et Laurent Gayer, deux chercheurs du CNRS, ont publié une enquête sur les « justiciers autoproclamés ». Ils ont même sorti un livre, sous forme d’essai, courant mai 2021 : Fiers de punir – Le monde des justiciers hors-la-loi.

Au vu des différents articles et analyses de cet essai, il en ressort, malheureusement, une similitude flagrante avec ce qui peut se passer concernant la plaisance en Polynésie française.

En effet, au vu des nombreux faits-divers ou « accrochages » concernant des voiliers et des locaux (notamment sur Raiatea, encore très récemment [voir plus bas], Haapiti, Huahine ou encore au mouillage de l’aéroport), on s’aperçoit d’ « un engouement croissant pour le vigilantisme, c’est-à-dire pour le recours à des méthodes extra-légales, de la part de citoyens ordinaires, en vue de maintenir l’ordre ou de rendre la justice par eux-mêmes, en réponse à une défaillance présumée des appareils policiers et judiciaires. »

Qu’il y ait un souci ou plutôt des flous (juridique, législatif, ou autre) concernant la plaisance en Polynésie française, personne ne semble le nier. Il est pourtant nécessaire de clarifier tout cela très rapidement.

Car depuis maintenant quelques années, ces personnes, organisées en groupe voire même en association, semble avoir pris de l’ampleur. « Excédés par le présumé laxisme des tribunaux, les justiciers autoproclamés s’évertuent à punir par eux-mêmes les soi-disant fauteurs de trouble. Violant la loi pour maintenir l’ordre, ils s’improvisent détectives, juges et bourreaux. Adeptes du lynchage et autres châtiments spectaculaires, ils trouvent un nouveau public sur les réseaux sociaux. […] Le développement de ces nouvelles technologies d’information et de communication accroît en effet le risque de passage à l’auto-justice en soulevant des émotions intenses, en diffusant des rumeurs anxiogènes et en accroissant la tentation de jouer au détective, seul ou en groupe, avec tous les risques de bavure que cela comporte.»

Il n’y a qu’à voir le haut niveau de diatribe qui se déverse bien souvent sur les réseaux sociaux concernant les plaisanciers. Pour exemple, lors de l’explosion d’un voilier à Huahine en juin dernier, de très hauts philosophes locaux de la réflexion « fessebouquienne anti-plaisance" réagissaient à chaud et allaient même jusqu’à espérer qu’il y ait des morts ! … avant même de savoir qu’effectivement, il y en avait eu un.
De part l’utilisation de ces réseaux notamment, ces soi-disant redresseurs de tort « s’adressent à un public, pris à partie, dont ils attendent la validation de leurs actions controversées ». Il est même possible d’envisager que « ces justiciers recherchent l’approbation, au moins tacite, des autorités officielles. »

Évidemment, même si les niveaux de « vigilantisme » atteints ici en Polynésie n’ont absolument rien à voir en intensité avec ceux décrits dans le livre (en Russie, au Nigéria, en Inde, …), la croissance de cette pratique a tout de même de quoi inquiéter et surtout questionner.

En juillet 2019, à Raiatea vers Miri Miri, des plaisanciers se sont clairement fait agresser verbalement et le passage à l'acte de ces "shérifs locaux" n'étaient pas loin au vu du matériel amené pour la "discussion" : pince Monseigneur et couteau de chasse.

Très récemment, fin juillet 2021, des ressortissants anglo-saxons mouillent leur voilier à Raiatea.
Voici leur témoignage : « Aujourd'hui, nous avons jeté l'ancre dans une baie à l'ouest de Raiatea afin de visiter un restaurant local pour le déjeuner. Comme il n'y avait pas d'amarrage, nous avons jeté l'ancre en eau profonde, bien à l'écart du récif. Lorsque nous sommes revenus environ deux heures et demie plus tard, une de nos lignes avait été coupée. Elle faisait partie de l'appareil permettant de soulever le canot pneumatique. Un bateau local s'est approché et un jeune homme nous a dit que c'était une baie privée et que nous ne pouvions pas jeter l'ancre. Il a nié toute connaissance de la ligne coupée. »

Quelques jours plus tard, voici ce que cette même personne relate de sa visite à la gendarmerie de Uturoa : « Aujourd'hui, je me suis rendu à la Gendarmerie Nationale à Uturoa, Raiatea, pour signaler l'incident de la semaine dernière. J'avais en ma possession mon récit traduit en français. La femme officier m'a dit que je devais payer un droit pour jeter l'ancre et que c'était une baie privée (Baie Pufau). J'ai été surpris et j'ai dit que nous n'étions pas au courant de cette taxe et que je n'avais jamais entendu cela de la part de quelqu'un d'autre. Elle parlait peu l'anglais et son supérieur est sorti. Il parlait mieux anglais et a dit qu'il y avait une taxe. Il a dit que le gouvernement national devrait le dire aux croisiéristes. Il a dit que nous ne pouvions jeter l'ancre que pour deux nuits n'importe où. J'ai demandé ce qui allait être fait pour les dégâts et, à contrecœur, le jeune officier a rédigé un compte rendu qui ne ressemblait que vaguement au mien. On m'a dirigé vers le DPAM, sans doute pour payer les frais. J'avais l'impression d'être le criminel.

À la DPAM, une dame très gentille m'a dit qu'il n'y avait pas de frais, mais que nous ne pouvions jeter l'ancre que pour deux nuits n'importe où dans le lagon. Elle a dit que la Baie Pufau n'est pas privée mais que c'est un très mauvais endroit !
Je ne peux rien faire de plus. Nous nous sentons tous deux malvenus et en détresse. »


Une baie privée ??? … et dire qu’on accuse les plaisanciers d’ « occupation illégale du domaine publique ». Que dire de cette APPROPRIATION ILLÉGALE du domaine publique ! Et bizarrement, le « on » là ne fait rien ! À croire que ces justiciers auto-proclamés semblent pouvoir agir en toute impunité … en tout cas, au vu de la recrudescence de ce genre d’acte, cela questionne.
Que dire aussi de la façon dont les plaisanciers sont reçus dans certaines gendarmeries qui, visiblement, n’ont pas les bonnes informations. N’osons pas imaginer qu’elles y mettent de la mauvaise volonté. Là encore, cela questionne.

Il est primordial d’éviter la mise en place d’un « Far West lagonaire ». Les plaisanciers sont, dans l’ensemble, compréhensifs et prêts à respecter des règles, encore faut-il qu’elles soient explicites, respectueuses, voire construites d’un commun accord.

 

 

le petit Colibri de l'AVP

 

Gilles Favarel-Garrigues est chercheur au CNRS (Sciences Po-CERI). Il travaille sur les questions de déviance, de police et de justice à partir d’enquêtes menées notamment en Russie.

Laurent Gayer est chercheur au CNRS (Sciences Po-CERI). Spécialiste du sous-continent indien, il s'intéresse plus particulièrement aux dynamiques urbaines et aux mobilisations violentes en Inde et au Pakistan.

 

Pour illustrer ces propos d’un exemple simple, voici des extraits d’un article paru dans la Dépêche de Tahiti, le 22 avril 2021 :

« Le week-end dernier, ce sont nos clients qui ont été agressés. Il y a trois semaines, un voileux qui avait pris son annexe pour aller faire quelques courses sur l’île, s’est fait massacrer son zodiaque à coup de cutter par un type en jet-ski venu exprès du quai jusqu’au bateau pour vandaliser l’embarcation. Il y a un mois, c’est un septuagénaire qui s’est fait casser la figure. En février, c’est ma skippeuse qui s’est faite agresser verbalement, puis physiquement, devant ses clients, par un habitant qui ne voulait pas qu’elle prenne de l’eau… À force de ne rien faire, il va y avoir un vrai drame, c’est sûr », explique le gérant.

« Quand la skipper a déposé plainte à la gendarmerie après son agression, les gendarmes qui avaient retrouvé l’assaillant et l’avait menotté pour l’entendre, l’ont relâché alors même que la skipper était encore en train de raconter les faits. Et c’est la même personne qui a saboté le zodiaque. Sur Huahine tout le monde sait qui sait, les autorités aussi, mais on laisse faire. C’est normal de se faire taper dessus, de se faire casser son matériel ? ».

 

Et malheureusement, cela ne concerne pas seulement le milieu de la plaisance :
- vers 2010, pitbull lâchés, renversé en VTT par une voiture puis agressé au marteau à la fin de la traversière à Tahiti (Papenoo→Mataia) pour être passé sous la chaîne sur la route « normale » bloquée pour X raisons (à juste titre ou pas, ... mais de là à se faire presque lyncher !) ;
- plus récemment, « Dans cette affaire, les victimes – un couple disposant d’un permis de construire – souhaitent pouvoir continuer la construction de leur fare sans encombre. Selon l’avocat du couple, « Elles se font barrer la route de manière totalement abusive ! On ne se fait pas justice soi-même ». Quant aux riverains, ils estiment que le couple, de par son empressement à réaliser les travaux, aurait méprisé leurs droits. »
(https://actu.fr/polynesie-francaise/moorea-maiao_98729/les-riverains-de-teavaro-juges-sous-huitaine_43907924.html) 

 

Huahine – Les agressions sur les voiliers s’accentuent

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Skyppers, clients et plaisanciers sont victimes d’agressions répétées à Huahine.

À Huahine, comme ici à Punaauia, la vie de plaisancier n’est pas toujours plaisante.
À Huahine, comme ici à Punaauia, la vie de plaisancier n’est pas toujours plaisante.

Les plaisanciers en ont marre. Le week-end dernier, une nouvelle agression a eu lieu sur Huahine.

Des clients, résidents sur Tahiti, qui avaient opté pour un petit séjour dans les îles à bord d’un voilier, ont été pris à partie par un habitant de l’île lorsqu’ils ont mis leur bateau au mouillage.

Insultes, propos racistes, menaces, jets d’objets et agression physique sont devenus le quotidien des plaisanciers qui viennent mouiller sur l’île.

Une société de charter, qui a déjà déposé plusieurs plaintes explique que ce phénomène s’amplifie de manière inquiétante sur Huahine.

« Le week-end dernier, ce sont nos clients qui ont été agressés. Il y a trois semaines, un voileux qui avait pris son annexe pour aller faire quelques courses sur l’île, s’est fait massacrer son zodiaque à coup de cutter par un type en jet-ski venu exprès du quai jusqu’au bateau pour vandaliser l’embarcation. Il y a un mois, c’est un septuagénaire qui s’est fait casser la figure. En février, c’est ma skippeuse qui s’est faite agresser verbalement, puis physiquement, devant ses clients, par un habitant qui ne voulait pas qu’elle prenne de l’eau… À force de ne rien faire, il va y avoir un vrai drame, c’est sûr », explique le gérant.

Quelques individus

Selon nos informations ces agressions répétées à Huahine seraient l’œuvre de quelques individus, dont un, bien connu de tous.

« Quand la skipper a déposé plainte à la gendarmerie après son agression, les gendarmes qui avaient retrouvé l’assaillant et l’avait menotté pour l’entendre, l’ont relâché alors même que la skipper était encore en train de raconter les faits. Et c’est la même personne qui a saboté le zodiaque. Sur Huahine tout le monde sait qui sait, les autorités aussi, mais on laisse faire. C’est normal de se faire taper dessus, de se faire casser son matériel ? ».

D’autres compagnies de charter touristique, contactées à ce sujet, relèvent également une intensification du phénomène, mais toutes préfèrent garder l’anonymat par peur de représailles plus intenses.

Des skippers malmenés

Le dirigeant de la compagnie Charter Maui, qui lui a totalement arrêté son activité, explique que ce phénomène de « voilier bashing » a aussi fait partie des raisons qui l’ont poussé à stopper son activité.

« À Huahine, nous n’avons pas rencontré de problèmes particuliers mais c’est vrai que sur Raiatea et Bora Bora surtout, des skippers ont été malmenés », raconte-t-il.

Selon le président de l’association des voiliers de Polynésie, le phénomène de « voilier bashing » ne date pas d’hier.

« Depuis plus de trois ans, un phénomène anti voilier s’est amplifié en Polynésie. Les insultes et les menaces sont légions. Bien que la Polynésie reste un pays extrêmement accueillant, il est vrai que dans certaines îles, et notamment aux îles Sous-le-Vent, les tensions entre population et plaisanciers prennent une direction inquiétante. Selon moi, ces tensions sont dues à la politique laxiste du gouvernement qui véhicule un double langage. »

Du côté de la mairie de Huahine, on explique ne pas avoir été informé d’une agression le week-end dernier.

« Je n’ai reçu aucun rapport de la police municipale à propos d’un incident qui ce serait déroulé ce week-end », explique Nelson Tepa, le directeur général des services.

« Si des personnes ont été agressées, elles doivent porter plainte à la gendarmerie et si la gendarmerie ne donne pas suite, alors il faut qu’ils aillent voir les mutoi, pour que nous puissions agir. »

Une réponse qui fait rire jaune les professionnels concernés car selon eux, « les mutoi sont au courant ». « Ce sont eux-mêmes qui nous disent qu’ils ne peuvent rien faire, que cela ne les concerne pas, qu’il faut voir les gendarmes… ».

Raiatea : la plainte pour dégâts sur un voilier échoue au tribunal

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L'affaire remonte à août 2019, un habitant de l'île de Raiatea s'en prend à un voilier, coupe ses amarres afin de protester contre ce qu'il appelle les ancrages sauvages. Plainte du propriétaire. Vendredi dernier, le tribunal déboute le navigateur et inflige une simple amende au prévenu.

Une amende de 50 000 Fcfp et la relaxe pour Tehina Rota et son fils, dans le cadre d’une affaire survenue en août 2019 sur un voilier. Le père et le fils avaient coupé les amarres du voilier. Les faits jugés vendredi 19 février se sont déroulés à Raiatea.

Les deux hommes sont intervenus en tant que membres de l’association "Paruru i te tatahi e te tai roto". Selon eux, le plaisancier ne respectait pas la règlementation en cours. Au final, Tehina Rota, vice-président de l’association repart avec une amende de 50 000 Fcfp. Le plaisancier a, quant à lui, été débouté. "Le tribunal a bien compris le combat de cette associaiton et a considéré qu'une personne devait être relaxée et condamnée à une petite amende. Le combat donc continue", epxlique James Lau , avocat de Tehina Rota.

De son côté le président de l'associaiton, Tehina Rota, souligne que de nombreuses réunions ont été faites avec les autorités, les professionnels du tourisme et les communes. "Mais jusqu'à aujourd'hui, rien ne bouge. On ne voit rien de la part des autorités, du coup, on se met en association et on va sur site pour faire de l'information des réglements qui existent dans notre Pays." En clair, il faut empêcher l'occupation déraisonnée de l'espace lagunaire pour éviter des procès.

Les proriétaires des bateaux s'y soumettent bien volontier. "Je ne suis pas contre de payer des redevances pour avoir ensuite des services adaptés genre l'eau ou un accès à terre (...) Il faut s'asseoir autour d'une table et en discuter", souligne Ben Gatras, plaisancier et vice-président de l'association des plaisanciers de Apooiti.

 

Les plaisanciers sont « fiu » d’être pointés du doigt

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Le monde de la plaisance est encore au centre de multiples tensions suite à une nouvelle agression survenue la semaine dernière sur l’île de Huahine. Aujourd’hui, l’ensemble des protagonistes souhaite un retour au dialogue et une prise en compte des institutions pour que chacun puisse en toute quiétude exercer son activité.

TNTV - Publié le 09/02/2021 à 17:06 - Mise à jour le 09/02/2021

 

Le ciel s’assombri un peu plus sur le monde de la plaisance en Polynésie. Comme un vieux serpent de mer qui refait surface, la cohabitation entre les populations des îles et les usagers de la mer est toujours très fragile. Et l’agression d’une skipper la semaine dernière sur le quai de Fare, à Huahine, à remis de l’huile sur le feu.

Du côté des plaisanciers, la situation n’est pas encore critique, mais ils demandent aux institutions de prendre rapidement le problème en compte.

« Je pense que les pouvoirs publics pourraient nous aider à faire reculer ce sentiment d’intolérance vis-à-vis des voiliers, estime Arnaud Jordan, président de l’association des voiliers en Polynésie. Parce que les voiliers ne polluent pas, les voiliers ne gênent pas ou en tout cas s’ils gênent c’est parce qu’ils ne le savaient pas. Donc il y a de l’information à faire. Il y a vraiment des deux côtés, un pas les uns vers les autres. »

Même son de cloche du côté du collectif Tearai, créé en mai 2020. Il avait demandé aux autorités d’interdire aux bateaux de plaisance de mouiller sur certaines parties de l’île de Tahiti. Ce qui avait créé des tensions entre plaisanciers et riverains.

« Nous ne sommes pas contre ce tourisme-là, nous sommes pour le tourisme agréé, respectueux de l’environnement. C’est tout, indique Roland Barff, membre du collectif Tearai. La population en a marre de ces abus. Il n’y a pas de réglementation, il n’y a pas de contrôle. Que fait le gouvernement ? Ils sont à la manette de tout ça. Et nous, la population, on dit stop. »

Dénonçant un manque de législation et de dialogue, l’association des voiliers en Polynésie a parallèlement lancé il y a peu une charte de bonne conduite à destination des plaisanciers, afin de rassurer les riverains et les usagers des lagons.

« On veut que cette charte permette de montrer à tous que les plaisanciers sont des gens respectueux et que ce sont les derniers touristes qui sont en ce moment en Polynésie, confie le président de l’association des voiliers en Polynésie. C’est un tourisme résilient et non polluant. »

Les deux parties attendent maintenant que les autorités interviennent pour renouer le dialogue.

Une skipper agressée à Huahine

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Huahine

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Une skipper s'est faite agresser, jeudi 4 février, au quai de Fare à Huahine par un jeune homme visiblement très remonté contre les voiliers. La victime a 3 jours d'ITT et a déposé une plainte à la gendarmerie.

Elle est skipper en Polynésie française depuis plus de 10 ans. Jeudi, comme elle a l'habitude de le faire à chaque fois, elle met les amarres au quai de Fare, à Huahine, pour refaire les pleins d'eau du catamaran. Le bateau est alors loué par des touristes américains. Mais, la présence du navire semble déranger un jeune homme sur le quai.

"Un jeune Polynésien m'a agressée, verbalement puis physiquementC'était violent et surtout consternant car le parking du super U était plein de monde qui ont vu la scène sans intervenir", confie la victime qui constate ces derniers temps une animosité contre les voiliers et des agressions qui se multiplient. Valérie a eu trois jours d'ITT et a déposé plainte à la gendarmerie. La skipper reste néanmoins choquée et surprise par cette agression et surtout l'inertie des gens.

 

 

 

Quelques détails en plus dans l'article

Huahine – Les agressions sur les voiliers s’accentuent

 

Un touriste se fait agresser par quatre individus à Huahine

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Amoureux de la Polynésie où il se rend régulièrement depuis quatorze ans, il se fait agresser par quatre individus à Huahine.

Jean-Denis, un plaisancier amoureux du fenua s'est fait agresser vendredi dernier à Huahine, par quatre individus. Touché à l'œil droit, il ne retrouvera plus totalement l'usage de son œil.
Jean-Denis, un plaisancier amoureux du fenua s’est fait agresser vendredi dernier à Huahine, par quatre individus. Touché à l’œil droit, il ne retrouvera plus totalement l’usage de son œil. (©DR)

Amoureux de la Polynésie où il se rend régulièrement depuis quatorze ans, il se fait agresser par quatre individus à Huahine. Vendredi dernier, aux alentours de 23 h 30, devant le Yacht Club situé dans la commune de Fare, Jean-Denis, un plaisancier sexagénaire, est déposé aux abords de l’établissement, après une soirée à terre avec un ami. « J’avais à peu près 50 mètres à faire pour rejoindre le ponton et récupérer mon annexe », se remémore-t-il.

Sur le chemin le menant à son embarcation, le touriste remarque quatre hommes dans un coin, qui le suivent jusqu’au ponton. « Il n’y a pas eu d’échanges de mots. Ils m’ont juste demandé d’où j’étais et je leur ai rapidement répondu. Je sentais que j’étais en danger. » À bord de son annexe, il tente de déguerpir mais oublie de détacher son cadenas. Dès lors, il ne faut pas plus de temps aux quatre individus pour encercler le visiteur (deux devant et deux derrière), qui reçoit un premier coup douloureux à la tête. Sonné, l’homme crie à l’aide et par chance, interpelle des jeunes filles présentes non loin du lieu d’agression. Ces dernières interviennent immédiatement et le sortent de sa petite embarcation. Ses agresseurs, eux, prennent la fuite. L’un d’eux aurait toutefois été reconnu par les filles, il s’agirait d’un jeune réputé sur l’île pour son comportement turbulent.

Climat tendu sur l’eau

Les forces de l’ordre et pompiers prévenus, Jean-Denis est transporté au dispensaire de l’île. Il est touché à l’œil droit et souffre d’une double fracture du nez. Le lendemain, il décide de se rendre à Tahiti et de voir un spécialiste à la clinique Cardella. « Le chirurgien ophtalmologue craignait que je perde la vue, je suis donc resté trois jours à Papeete », se souvient le sexagénaire, qui poursuit : « Les séquelles vont être lourdes, je ne retrouverai pas totalement l’usage de mon œil. »

Il a profité de son séjour dans la capitale pour déposer plainte. « Les gendarmes de Papeete doivent transmettre la plainte à Huahine, pour qu’une enquête soit ouverte. Je dois encore identifier mon agresseur par reconnaissance photos. »

Choqué par la violence des actes dont il a été victime, Jean-Denis indique qu’une autre agression aurait eu lieu dans l’après-midi du 20 novembre. « Visiblement, c’étaient deux messieurs arrivés sur un monocoque blanc de Raiatea. Ils auraient pris beaucoup de coups, et la police serait intervenue. Les agresseurs étaient également au nombre de quatre, mais aucune plainte n’a été déposée. » Il évoque également un événement survenu une quinzaine de jours avant son agression, alors qu’il arrivait dans le lagon de l’île de la femme. « Un homme en pirogue est venu et m’a enjoint de quitter les lieux. Il m’a dit ‘On ne veut plus de vous (les plaisanciers, NDLR) ici. » Impossible cependant pour le visiteur de dire si les tensions – connues – entre certains locaux et les plaisanciers sont à l’origine de son agression, ou s’il s’agit simplement de la manifestation spontanée de violences délictuelles. Il reste néanmoins choqué et littéralement marqué à tout jamais.

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